Affaires et entreprises
La convention entre actionnaires
Lancer une entreprise à plusieurs, c’est enthousiasmant. Mais que se passe-t-il si un associé veut partir, tombe malade, décède ou entre en conflit avec les autres ? La convention entre actionnaires est le contrat qui prévoit ces situations à l’avance. Voici pourquoi elle est fortement recommandée et ce qu’elle devrait contenir.
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Constituer une société par actions à plusieurs sans convention entre actionnaires, c’est un peu comme partir en expédition sans plan de retour : tant que tout va bien, personne n’y pense, mais le jour où survient un désaccord, un départ ou un décès, l’absence de règles claires peut faire dérailler l’entreprise. Au Québec, la constitution d’une société se fait auprès du Registraire des entreprises du Québec, mais aucune règle ne vous oblige à rédiger une convention entre actionnaires. C’est pourtant l’un des documents les plus utiles pour protéger à la fois l’entreprise et chacun de ses propriétaires. Cette fiche explique son utilité, ses principales clauses et le moment idéal pour la signer.
Qu’est-ce qu’une convention entre actionnaires ?
Une convention entre actionnaires est un contrat privé signé par les actionnaires d’une société par actions. Elle organise leurs relations, précise leurs droits et leurs obligations, et encadre des situations que les statuts de la société et la loi ne règlent pas de façon suffisamment détaillée. Alors que les statuts fixent la structure de base de la société, la convention descend dans le concret des rapports humains et financiers entre les personnes.
On distingue souvent deux grands types de conventions :
- la convention ordinaire, qui lie seulement les actionnaires qui la signent et régit leurs rapports entre eux ;
- la convention unanime des actionnaires, signée par tous les actionnaires, qui peut aller jusqu’à retirer aux administrateurs une partie ou la totalité de leurs pouvoirs pour les confier aux actionnaires.
Ce document est particulièrement pertinent dans les petites et moyennes entreprises, où les actionnaires sont souvent aussi des dirigeants et des employés de la société. Pour bien comprendre le cadre général dans lequel elle s’insère, consultez notre fiche sur l’incorporation d’une entreprise.
Une convention entre actionnaires n’est pas figée. Elle peut être modifiée avec l’accord des parties à mesure que l’entreprise évolue, que de nouveaux actionnaires arrivent ou que les objectifs changent.
Pourquoi est-elle fortement recommandée ?
La convention entre actionnaires répond à une réalité simple : les relations d’affaires évoluent, et pas toujours dans le sens prévu. Elle sert essentiellement à :
- encadrer les relations entre actionnaires : qui prend quelles décisions, à quelle majorité, comment sont nommés les administrateurs et les dirigeants, comment sont distribués les dividendes ;
- organiser l’achat et la vente d’actions : à quelles conditions un actionnaire peut vendre, à qui, et selon quelle méthode d’évaluation du prix ;
- prévenir et résoudre les conflits : mécanismes de médiation, d’arbitrage ou de sortie lorsque les actionnaires ne s’entendent plus ;
- protéger l’entreprise en cas de départ, d’invalidité ou de décès d’un actionnaire, pour éviter que les actions ne se retrouvent entre des mains indésirables.
Sans convention, chaque situation imprévue doit se régler au cas par cas, souvent dans l’urgence et parfois devant les tribunaux. Le coût d’un litige entre actionnaires dépasse largement celui d’une convention bien rédigée au départ. C’est pourquoi les conseillers juridiques et financiers la recommandent systématiquement dès qu’une société compte plus d’un actionnaire.
Les clauses essentielles
Une bonne convention couvre un éventail de situations. Voici les clauses que l’on retrouve le plus souvent et leur rôle.
| Clause | Ce qu’elle prévoit | Pourquoi c’est utile |
|---|---|---|
| Droit de premier refus | Un actionnaire qui veut vendre doit d’abord offrir ses actions aux autres | Empêche l’entrée d’un tiers non désiré |
| Clause shotgun | Un actionnaire offre d’acheter ; l’autre vend à ce prix ou rachète au même prix | Dénoue les impasses entre associés |
| Clause d’entraînement (drag-along) | La majorité peut forcer la minorité à vendre à un acheteur externe | Facilite la vente de toute l’entreprise |
| Clause de suivi (tag-along) | La minorité peut se joindre à une vente de la majorité aux mêmes conditions | Protège les actionnaires minoritaires |
| Décès et invalidité | Rachat obligatoire des actions, souvent financé par une assurance | Évite de devenir associé des héritiers |
| Non-concurrence | Interdiction de concurrencer la société après un départ | Protège la clientèle et le savoir-faire |
À ces clauses s’ajoutent souvent des dispositions sur l’évaluation du prix des actions, la gouvernance, le financement de la société et la confidentialité. Chaque convention doit être adaptée à la réalité de l’entreprise ; il n’existe pas de modèle universel.
Le mécanisme de la clause shotgun
La clause shotgun mérite une explication à part, car elle est aussi puissante que redoutée. Son principe : lorsqu’un blocage survient, un actionnaire (l’offrant) propose à l’autre de lui racheter ses actions à un prix qu’il fixe. L’autre actionnaire a alors deux options :
- accepter de vendre ses actions au prix proposé ;
- ou retourner l’offre en rachetant lui-même les actions de l’offrant, au même prix et aux mêmes conditions.
Ce mécanisme oblige l’offrant à fixer un prix qu’il juge équitable, puisqu’il pourrait se retrouver soit vendeur, soit acheteur à ce même prix. La clause shotgun est efficace pour dénouer une impasse, mais elle peut désavantager l’actionnaire qui n’a pas les liquidités pour racheter. Elle doit donc être utilisée avec discernement et bien comprise avant d’être signée.
La clause shotgun favorise souvent l’actionnaire le mieux financé. Avant de l’inclure, évaluez la capacité financière réelle de chaque partie à racheter les actions de l’autre.
Décès, départ et invalidité
L’un des grands mérites de la convention est de planifier les événements de la vie qui touchent les actionnaires. En l’absence de convention, au décès d’un actionnaire, ses actions passent à ses héritiers selon son testament ou les règles de la succession. Les survivants peuvent alors se retrouver associés avec un conjoint ou des enfants qui n’ont ni compétence ni intérêt à gérer l’entreprise.
Une convention bien conçue prévoit habituellement :
- un rachat obligatoire des actions du défunt par la société ou les autres actionnaires ;
- une méthode d’évaluation du prix des actions, connue à l’avance ;
- un financement du rachat, souvent au moyen d’une assurance vie souscrite sur la tête de chaque actionnaire.
Le même raisonnement s’applique en cas d’invalidité, de faillite personnelle ou de départ volontaire. Comme ces questions touchent aussi le patrimoine familial, il est utile de coordonner la convention avec la planification successorale de chaque actionnaire. Notre thème Affaires et entreprises regroupe d’autres ressources sur le sujet.
Convention et forme juridique de l’entreprise
La convention entre actionnaires ne concerne que les sociétés par actions. Si votre entreprise est exploitée sous une autre forme (entreprise individuelle, société en nom collectif, société en commandite), d’autres types d’ententes s’appliquent, comme le contrat de société. Le choix de la structure a donc une incidence directe sur les protections dont vous disposez.
Avant même de penser à la convention, il est essentiel de bien choisir la forme juridique de votre entreprise, car elle détermine votre responsabilité, votre fiscalité et vos obligations. Notre fiche Choisir la forme juridique de son entreprise vous aide à comparer les options. Une fois la société par actions constituée, la convention devient le prolongement naturel qui organise la vie entre associés.
Faites rédiger votre convention par un juriste en droit des affaires plutôt que d’utiliser un modèle générique trouvé en ligne. Une clause mal adaptée peut être inapplicable ou produire l’effet inverse de celui recherché.
Questions fréquentes
La convention entre actionnaires est-elle obligatoire au Québec ?+
Non, elle n’est pas obligatoire. La loi ne l’exige pas pour constituer ou exploiter une société par actions. Elle est toutefois fortement recommandée dès qu’il y a plus d’un actionnaire, car elle prévient et encadre les conflits.
Qu’est-ce qu’une clause shotgun ?+
La clause shotgun est un mécanisme de sortie forcée. Un actionnaire offre à l’autre de lui acheter ses actions à un prix donné ; l’autre doit soit accepter de vendre à ce prix, soit racheter lui-même les actions de l’offrant au même prix. Elle sert à dénouer une impasse.
Que se passe-t-il au décès d’un actionnaire sans convention ?+
Sans convention, les actions du défunt passent à ses héritiers selon son testament ou les règles de la succession. Les actionnaires survivants peuvent alors se retrouver associés avec des héritiers qui n’ont ni compétence ni intérêt à participer à l’entreprise.
Une convention peut-elle limiter les pouvoirs du conseil d’administration ?+
Oui. Une convention unanime des actionnaires peut retirer, en tout ou en partie, les pouvoirs des administrateurs pour les confier aux actionnaires, qui assument alors les responsabilités correspondantes. C’est un outil de contrôle prévu par la loi.
Quand faut-il signer une convention entre actionnaires ?+
Le meilleur moment est au tout début, lorsque les relations sont bonnes et les intérêts alignés. Négocier une convention en pleine crise est beaucoup plus difficile et coûteux. On peut néanmoins en adopter une à tout moment de la vie de la société.
Sources
- Loi sur les sociétés par actions (Québec), notamment les règles sur la convention unanime des actionnaires.
- Code civil du Québec (règles générales des contrats et des successions).
- Registraire des entreprises du Québec (registreentreprises.gouv.qc.ca).
Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 15 juin 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : pour des conseils adaptés, consultez un avocat ou un notaire.
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