Testaments et successions

La fiducie au Québec : à quoi ça sert ?

La fiducie est un outil juridique souvent méconnu, mais très utile pour organiser la gestion et la transmission de son patrimoine. Au Québec, elle permet de confier des biens à une personne de confiance qui les administrera au profit de bénéficiaires, selon des conditions que vous fixez. Voici comment elle fonctionne et à quoi elle sert vraiment.

À jour le 15 juin 2026Lecture : 10 minRévisé par notre comité juridique

Le mot « fiducie » évoque souvent une réalité réservée aux grandes fortunes. Pourtant, c’est un mécanisme prévu par le Code civil du Québec qui peut servir dans bien des situations courantes : protéger un proche vulnérable, gérer un héritage pour des enfants mineurs ou organiser sa succession. La fiducie repose sur une idée simple mais puissante : certains biens sont mis de côté dans un patrimoine autonome, géré par une personne de confiance, au profit d’autres personnes. Pour un survol officiel des notions de succession et de planification, vous pouvez consulter le site du ministère de la Justice du Québec.

Qu’est-ce qu’une fiducie ?

Selon le Code civil du Québec, la fiducie est un patrimoine d’affectation autonome et distinct. Cette formule technique cache une idée centrale : lorsqu’une fiducie est créée, les biens qui y sont transférés ne sont plus la propriété de personne au sens habituel. Ils forment un patrimoine séparé, distinct du patrimoine de celui qui les a donnés, de celui qui les administre et de ceux qui en profitent.

Concrètement, une personne, appelée le constituant, transfère des biens (une somme d’argent, un immeuble, des placements, une entreprise, etc.) dans la fiducie. Ces biens sont ensuite gérés par un fiduciaire, au profit d’une ou plusieurs personnes appelées les bénéficiaires. Le fiduciaire n’est pas propriétaire des biens : il agit à titre d’administrateur du bien d’autrui, dans l’intérêt des bénéficiaires et selon les règles fixées dans l’acte qui crée la fiducie.

C’est cette autonomie du patrimoine fiduciaire qui fait toute la particularité de l’outil. Les biens placés dans la fiducie sont en principe à l’abri du patrimoine personnel du fiduciaire : si celui-ci a des dettes ou fait faillite, les biens de la fiducie ne sont pas confondus avec les siens.

Les trois acteurs de la fiducie

Toute fiducie met en scène trois rôles. Il est essentiel de bien les distinguer, car chacun a des fonctions et des responsabilités différentes.

  1. Le constituant : c’est la personne qui crée la fiducie en y transférant des biens. Elle décide des règles de fonctionnement, du but poursuivi et de l’identité des bénéficiaires (ou des critères pour les déterminer).
  2. Le fiduciaire : c’est la personne (ou l’organisation) chargée d’administrer les biens de la fiducie. Elle doit agir avec prudence, honnêteté et loyauté, exclusivement dans l’intérêt des bénéficiaires et conformément à l’acte de fiducie.
  3. Le bénéficiaire : c’est la personne au profit de laquelle la fiducie est créée. Elle peut avoir droit au revenu généré par les biens, au capital, ou aux deux, selon ce que prévoit l’acte.
Bon à savoir

Une même personne peut parfois cumuler certains rôles, mais la loi encadre ces situations pour éviter les conflits d’intérêts. Par exemple, un constituant qui serait aussi le seul fiduciaire et le seul bénéficiaire viderait la fiducie de son sens. Le choix des personnes est donc une étape déterminante, à faire avec un professionnel du droit.

ActeurRôleResponsabilité principale
ConstituantCrée la fiducie et y transfère des biensDéfinit le but, les règles et les bénéficiaires
FiduciaireAdministre les biens de la fiducieAgir avec prudence et loyauté, dans l’intérêt des bénéficiaires
BénéficiaireProfite de la fiducieReçoit le revenu, le capital ou les deux, selon l’acte

Les types de fiducie : testamentaire et entre vifs

Le Code civil du Québec distingue notamment la fiducie créée par testament, dite fiducie testamentaire, et la fiducie créée du vivant du constituant, dite fiducie entre vifs. La différence tient surtout au moment et à la manière dont la fiducie est créée.

La fiducie testamentaire est prévue dans un testament et ne prend effet qu’au décès du constituant. Elle sert par exemple à ne pas remettre directement un héritage à un enfant mineur ou à un proche vulnérable, mais à confier plutôt les biens à un fiduciaire qui les gérera jusqu’à un âge ou un événement déterminé. Comme elle fait partie du testament, elle suit les règles du testament et peut être modifiée aussi longtemps que le testateur est apte. Pour comprendre le document qui la contient, consultez notre fiche Le testament.

La fiducie entre vifs, elle, est créée par un acte pris du vivant du constituant et produit ses effets immédiatement, selon les modalités choisies. Elle permet d’organiser dès maintenant la gestion de certains biens, par exemple pour protéger un proche ou préparer la transmission d’un patrimoine sur plusieurs années.

CritèreFiducie testamentaireFiducie entre vifs
Mode de créationPar un testamentPar un acte du vivant du constituant
Prise d’effetAu décès du constituantImmédiate, selon l’acte
ModifiableOui, tant que le testateur est apte (via le testament)Selon les modalités prévues à l’acte
Usage typiqueGérer un héritage pour des mineurs ou un proche vulnérableOrganiser la gestion et la transmission de biens de son vivant

À quoi sert une fiducie ?

La fiducie n’est pas un outil abstrait : elle répond à des besoins concrets. Voici les usages les plus fréquents au Québec.

  • Protéger un proche vulnérable : la fiducie permet de mettre des biens à l’abri au profit d’une personne qui ne peut pas ou ne devrait pas les gérer elle-même (par exemple en raison d’un handicap ou d’une inaptitude). Le fiduciaire veille alors à ses besoins selon les conditions fixées.
  • Gérer des biens pour des enfants mineurs : plutôt que de remettre directement un héritage à un enfant, on peut prévoir qu’un fiduciaire administrera ces biens jusqu’à ce que l’enfant atteigne un âge choisi, en finançant entre-temps ses études et ses besoins.
  • Planification successorale et familiale : la fiducie aide à organiser la transmission d’un patrimoine dans le temps, à encadrer l’usage des biens et à respecter des volontés précises. Elle est souvent utilisée pour compléter un testament et un mandat de protection.
À retenir

La fiducie ne remplace pas le testament : elle s’y ajoute. Un bon plan successoral combine généralement plusieurs outils. Consultez nos fiches Le testament et Régler une succession pour voir comment ces éléments s’articulent.

Un patrimoine autonome : ce que ça change

Le caractère autonome du patrimoine fiduciaire est ce qui distingue la fiducie d’une simple donation ou d’un legs. Une fois les biens transférés, ils échappent au patrimoine personnel du constituant, mais aussi à celui du fiduciaire. Cette séparation offre plusieurs avantages : les biens sont gérés selon des règles claires, ils peuvent être protégés de certaines réclamations et ils sont administrés par une personne tenue à des obligations strictes.

Cette même caractéristique impose toutefois de la rigueur. Créer une fiducie, c’est se dessaisir de biens : le constituant ne peut pas ensuite en disposer librement comme s’ils étaient encore les siens. C’est pourquoi il faut réfléchir soigneusement au but visé, aux pouvoirs du fiduciaire et aux droits des bénéficiaires avant de constituer la fiducie.

Le rôle et les obligations du fiduciaire

Le fiduciaire occupe une position de confiance exigeante. Comme administrateur du bien d’autrui, il doit agir avec prudence, diligence, honnêteté et loyauté, uniquement dans l’intérêt des bénéficiaires et conformément à l’acte de fiducie. Il ne peut pas utiliser les biens à son profit personnel ni se placer en situation de conflit d’intérêts.

Ses tâches concrètes varient selon la fiducie, mais elles comprennent souvent : dresser un inventaire des biens, les investir prudemment, tenir une comptabilité, rendre compte de sa gestion aux bénéficiaires et faire les versements prévus. Choisir un fiduciaire compétent et fiable est donc l’une des décisions les plus importantes lorsqu’on met en place une fiducie. Lorsque la fiducie est testamentaire, ce travail s’imbrique avec celui du liquidateur de la succession, dont notre fiche Régler une succession décrit les étapes.

Comment crée-t-on une fiducie ?

La façon de créer une fiducie dépend de son type. La fiducie testamentaire se crée dans le cadre d’un testament : ses règles sont intégrées à l’acte qui exprime vos dernières volontés. La fiducie entre vifs, elle, se crée par un acte pris de votre vivant, qui décrit le but de la fiducie, les biens transférés, l’identité du fiduciaire et des bénéficiaires, ainsi que les pouvoirs et les conditions de gestion.

Dans les deux cas, la rédaction demande de la précision. Un acte mal rédigé peut créer des ambiguïtés, des conflits entre bénéficiaires ou des difficultés d’administration. C’est un domaine où l’accompagnement d’un notaire ou d’un avocat est fortement recommandé, tout comme pour l’ensemble de votre planification. Pour une vue d’ensemble des outils de transmission, consultez notre thème Testaments et successions.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une fiducie au Québec ?+

Selon le Code civil du Québec, la fiducie est un patrimoine d’affectation autonome et distinct. Un constituant y transfère des biens, administrés par un fiduciaire au profit de bénéficiaires. Une fois la fiducie créée, les biens forment un patrimoine séparé.

Quels sont les trois acteurs d’une fiducie ?+

Le constituant (qui transfère des biens), le fiduciaire (qui les administre) et le ou les bénéficiaires (au profit desquels la fiducie est créée). Une même personne peut parfois cumuler certains rôles, dans les limites prévues par la loi.

Quelle est la différence entre une fiducie testamentaire et une fiducie entre vifs ?+

La fiducie testamentaire est créée par un testament et prend effet au décès du constituant. La fiducie entre vifs est créée par un acte du vivant du constituant et produit ses effets immédiatement, selon les modalités prévues à l’acte.

À quoi sert une fiducie ?+

Elle sert notamment à protéger un proche vulnérable, à gérer des biens pour des enfants mineurs jusqu’à un âge choisi et à organiser sa planification successorale. Elle permet de confier l’administration de biens à un fiduciaire de confiance selon des conditions précises.

Le fiduciaire est-il propriétaire des biens ?+

Non. Le fiduciaire administre les biens, mais il n’en est pas le propriétaire. Ils forment un patrimoine autonome, distinct de son patrimoine personnel. Il agit à titre d’administrateur du bien d’autrui, dans l’intérêt des bénéficiaires.

Faut-il un notaire ou un avocat pour créer une fiducie ?+

La fiducie est un outil complexe. La fiducie testamentaire se crée dans un testament et la fiducie entre vifs, par un acte. Dans les deux cas, il est fortement recommandé de consulter un notaire ou un avocat pour rédiger l’acte et définir les rôles.

Sources

  1. Code civil du Québec, dispositions sur la fiducie et l’administration du bien d’autrui.
  2. Ministère de la Justice du Québec – information sur la planification successorale et les successions.
  3. Chambre des notaires du Québec – information sur les outils de transmission du patrimoine.

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 15 juin 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : pour des conseils adaptés, consultez un notaire ou un avocat.

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