Droits fondamentaux

Porter plainte pour discrimination

Au Québec, personne ne peut être traité injustement en raison de son origine, de son sexe, de son âge, de son handicap ou d’un autre motif protégé par la Charte. Si vous vous croyez victime de discrimination ou de harcèlement, vous pouvez porter plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Voici comment fonctionne la démarche.

À jour le 7 juillet 2026Lecture : 8 minRévisé par notre comité juridique

La discrimination reste une réalité, que ce soit à l’embauche, dans l’accès à un logement ou dans l’obtention d’un service. La Charte des droits et libertés de la personne interdit ces traitements et prévoit un mécanisme de plainte gratuit et accessible. L’organisme chargé de le mettre en œuvre est la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, dont le site officiel cdpdj.qc.ca présente vos droits et les formulaires nécessaires. Cette fiche explique ce qu’est une discrimination interdite, comment déposer une plainte, le déroulement de l’enquête et de la médiation, ainsi que le rôle du Tribunal des droits de la personne.

Qu’est-ce que la discrimination interdite ?

Il y a discrimination lorsqu’une personne est traitée différemment, et de façon désavantageuse, en raison d’une caractéristique personnelle protégée par la loi. L’article 10 de la Charte interdit la distinction, l’exclusion ou la préférence fondée sur l’un des motifs protégés, lorsqu’elle a pour effet de détruire ou de compromettre l’exercice d’un droit en toute égalité.

Encore faut-il que la discrimination se produise dans un domaine visé par la Charte. Les principaux sont :

  • l’emploi (embauche, conditions de travail, congédiement) ;
  • le logement (refus de louer, conditions imposées) ;
  • les biens et services ordinairement offerts au public (commerces, transports, établissements) ;
  • les actes juridiques (contrats, ententes).

Pour comprendre l’ensemble des droits garantis, consultez la fiche Chartes et droits fondamentaux au Québec.

Motifs protégés (art. 10 de la Charte)Exemples
Race, couleur, origine ethnique ou nationaleRefus d’embauche lié à l’origine
Sexe, grossesse, identité ou expression de genreCongédiement en raison d’une grossesse
Orientation sexuelle, état civilRefus de louer à un couple
Âge (sauf exception prévue par la loi)Traitement défavorable lié à l’âge
Religion, convictions politiques, langueRefus de service fondé sur la religion
Condition sociale, handicap ou moyen pour le pallierAccès refusé à une personne handicapée

Le harcèlement discriminatoire

La Charte protège aussi contre le harcèlement fondé sur l’un des motifs interdits. Il s’agit de propos, de gestes ou de comportements répétés et non désirés qui portent atteinte à la dignité d’une personne en raison, par exemple, de son origine, de son sexe, de son orientation sexuelle ou de son handicap.

Le harcèlement discriminatoire peut se produire au travail, mais aussi dans le logement ou dans l’accès à un service. En milieu de travail, il peut se recouper avec le harcèlement psychologique encadré par la Loi sur les normes du travail. Selon la situation, plusieurs recours peuvent coexister : voyez à ce sujet la fiche Le harcèlement psychologique au travail.

Bon à savoir

Toute distinction n’est pas illégale. Une exigence réellement justifiée par la nature d’un emploi, ou une mesure d’accommodement raisonnable, peut être permise. C’est l’atteinte injustifiée à l’égalité qui est interdite.

La Commission des droits de la personne (CDPDJ)

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) est l’organisme public chargé de veiller au respect de la Charte. Elle reçoit les plaintes, fait enquête, favorise le règlement des litiges et peut, au besoin, représenter les victimes devant le Tribunal des droits de la personne.

Ses services sont gratuits. La Commission joue un rôle à la fois d’enquête et de médiation : elle n’est pas un tribunal, mais elle peut faire le pont entre les parties et, lorsque la preuve le justifie, porter le dossier devant le tribunal spécialisé. Elle intervient aussi en matière de protection des droits de la jeunesse, un volet distinct de sa mission.

Comment déposer une plainte

Le dépôt d’une plainte est relativement simple. Voici les étapes générales :

  • Vérifier l’admissibilité : la situation doit concerner un motif protégé (art. 10) et un domaine visé (emploi, logement, biens et services, actes juridiques).
  • Rassembler les faits et les preuves : dates, lieux, témoins, courriels, documents, tout ce qui appuie votre version.
  • Remplir le formulaire de plainte de la Commission, disponible en ligne, ou communiquer avec elle pour obtenir de l’aide.
  • Respecter les délais : agir rapidement, car la Commission peut refuser d’intervenir si trop de temps s’est écoulé.

Si vous ne savez pas par où commencer ou vers qui vous tourner, notre page Trouver de l’aide répertorie des ressources utiles.

ÉtapeCe qui se passe
1. DépôtVous remplissez et transmettez le formulaire de plainte
2. RecevabilitéLa Commission vérifie que la plainte relève de sa compétence
3. MédiationLes parties peuvent tenter un règlement à l’amiable
4. EnquêteLa Commission recueille preuves et versions des faits
5. DécisionClassement, règlement, ou saisine du Tribunal des droits de la personne

L’enquête et la médiation

Une fois la plainte reçue et jugée recevable, la Commission propose souvent d’abord la médiation. Il s’agit d’une démarche volontaire et confidentielle où un médiateur neutre aide les parties à trouver une entente. Beaucoup de dossiers se règlent à cette étape, ce qui évite un long processus.

Si la médiation échoue ou n’est pas retenue, la Commission mène une enquête. Elle recueille les documents, interroge les personnes concernées et évalue si la preuve appuie l’allégation de discrimination ou de harcèlement. Au terme de l’enquête, la Commission peut :

  • estimer que la preuve est insuffisante et fermer le dossier ;
  • proposer des mesures de redressement à la partie mise en cause ;
  • si aucune entente n’intervient et que la preuve le justifie, saisir le Tribunal des droits de la personne.
À retenir

La Commission agit dans l’intérêt public du respect de la Charte. Elle peut décider de ne pas saisir le tribunal. Dans ce cas, la victime peut, dans certaines conditions, saisir elle-même le Tribunal des droits de la personne.

Le Tribunal des droits de la personne

Le Tribunal des droits de la personne (TDP) est un tribunal spécialisé qui entend les litiges de discrimination, de harcèlement et d’exploitation fondés sur la Charte. Il est composé de juges assistés d’assesseurs, et rend des décisions motivées.

Le Tribunal peut notamment :

  • ordonner la cessation de l’atteinte ou la prise de mesures correctrices ;
  • accorder des dommages-intérêts pour le préjudice matériel et moral ;
  • accorder des dommages punitifs lorsque l’atteinte est illicite et intentionnelle.

Lorsque la Commission agit au nom de la victime, elle assure la représentation sans frais. Les décisions du Tribunal peuvent, dans certains cas, faire l’objet d’un appel. Pour une vue d’ensemble des droits en jeu et d’autres recours, consultez le thème Travail et emploi, pertinent lorsque la discrimination survient en milieu de travail, ainsi que le thème Droits, libertés et gouvernement.

Questions fréquentes

Qui peut porter plainte pour discrimination au Québec ?+

Toute personne qui se croit victime de discrimination ou de harcèlement fondé sur un motif protégé par la Charte peut porter plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Un organisme peut aussi porter plainte au nom d’un groupe de victimes, avec leur consentement.

Combien coûte une plainte à la CDPDJ ?+

Déposer une plainte à la Commission est gratuit. Si le dossier est porté devant le Tribunal des droits de la personne, la Commission peut représenter la victime sans frais lorsqu’elle décide d’agir en son nom.

Quels sont les motifs de discrimination interdits ?+

La Charte interdit la discrimination fondée sur des motifs comme la race, la couleur, le sexe, l’identité ou l’expression de genre, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale et le handicap.

Dans quel délai faut-il porter plainte ?+

Il est fortement conseillé d’agir rapidement, car des délais s’appliquent. La Commission peut refuser d’agir si un certain temps s’est écoulé depuis les faits. Communiquez avec elle dès que possible pour vérifier votre situation.

Que se passe-t-il après le dépôt de la plainte ?+

La Commission évalue la recevabilité, puis peut proposer une médiation ou mener une enquête. Si elle estime la preuve suffisante et qu’aucun règlement n’intervient, elle peut saisir le Tribunal des droits de la personne.

Qu’est-ce que le Tribunal des droits de la personne ?+

C’est un tribunal spécialisé qui entend les litiges de discrimination, de harcèlement et d’exploitation fondés sur la Charte. Il peut ordonner la cessation de l’atteinte et l’octroi de dommages-intérêts, y compris punitifs dans certains cas.

Sources

  1. Charte des droits et libertés de la personne, art. 10 et suivants (droit à l’égalité et motifs protégés).
  2. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (cdpdj.qc.ca).
  3. Tribunal des droits de la personne du Québec.
  4. Loi sur les normes du travail (harcèlement psychologique au travail).

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 7 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : pour des conseils adaptés, consultez un avocat.

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