Séparation et divorce

Les régimes matrimoniaux au Québec

Le régime matrimonial détermine la propriété et le partage des biens des époux. Au Québec, un couple qui se marie sans contrat est automatiquement soumis à la société d’acquêts, le régime légal en vigueur depuis 1970. Mais il ne faut pas confondre le régime matrimonial avec le patrimoine familial, qui se partage avant et prime sur lui.

À jour le 6 juillet 2026Lecture : 12 minRévisé par notre comité juridique

Le régime matrimonial est l’ensemble des règles qui encadrent la propriété, l’administration et le partage des biens des époux pendant le mariage et à sa dissolution. C’est un choix structurant : il détermine qui possède quoi, qui peut administrer les biens et, surtout, comment la valeur accumulée pendant la vie commune se répartit en cas de divorce ou de décès. Beaucoup de gens croient que se marier signifie automatiquement tout mettre en commun ; la réalité est plus nuancée. Pour bien comprendre vos droits et vos démarches, vous pouvez consulter les ressources officielles du ministère de la Justice du Québec. Cette fiche explique les trois grands régimes offerts au Québec, la distinction essentielle entre biens propres et acquêts, le rôle du contrat de mariage notarié et l’ordre dans lequel le régime intervient par rapport au patrimoine familial.

Qu’est-ce qu’un régime matrimonial ?

Le régime matrimonial détermine la propriété et le partage des biens des époux. Il fixe les règles applicables aux biens que chacun possède au moment du mariage, à ceux qu’il acquiert pendant l’union, ainsi qu’à leur sort lorsque le mariage prend fin.

Il est important de comprendre dès le départ que le régime matrimonial est distinct du patrimoine familial. Le patrimoine familial est une règle d’ordre public qui se partage avant le régime et qui prime sur lui. Autrement dit, quel que soit le régime choisi, on partage d’abord la valeur des biens du patrimoine familial (résidences, meubles, véhicules, droits de retraite accumulés pendant le mariage), puis on applique les règles du régime matrimonial sur le reste des biens. Pour bien saisir cette première étape, consultez notre fiche sur le partage du patrimoine familial.

Bon à savoir

Le régime matrimonial ne s’applique qu’aux couples mariés (et, avec des adaptations, aux couples unis civilement). Les conjoints de fait ne sont soumis à aucun régime matrimonial : ils doivent organiser eux-mêmes le partage de leurs biens par des ententes privées.

La société d’acquêts : le régime légal par défaut

Depuis le 1er juillet 1970, le régime légal par défaut au Québec est la société d’acquêts. Cela signifie qu’un couple qui se marie sans signer de contrat de mariage y est automatiquement soumis. C’est aujourd’hui, de loin, le régime le plus répandu.

Le principe de la société d’acquêts repose sur une distinction fondamentale : chaque époux conserve ses biens propres, mais les acquêts – c’est-à-dire les biens accumulés pendant le mariage – se partagent à la dissolution du régime. Pendant le mariage, chaque époux administre ses propres biens et ses propres acquêts ; la mise en commun ne se cristallise qu’au moment de la fin de l’union.

À la dissolution (divorce, séparation de corps, décès), on procède à un calcul : on détermine la valeur des acquêts de chaque époux, puis chaque conjoint a droit à la moitié de la valeur des acquêts de l’autre. En pratique, celui qui a accumulé le plus d’acquêts verse une compensation à celui qui en a accumulé moins. Ce mécanisme reconnaît la contribution de chacun à l’enrichissement du couple pendant la vie commune.

À retenir

Dans la société d’acquêts, on ne partage pas tout : les biens propres restent à leur titulaire. Seule la valeur des acquêts accumulés pendant le mariage se partage à la fin de l’union.

Les autres régimes : séparation et communauté de biens

Les époux qui ne souhaitent pas être soumis à la société d’acquêts peuvent choisir un autre régime par contrat de mariage notarié. Deux autres régimes existent au Québec.

La séparation de biens est le régime le plus fréquemment choisi par contrat. Sous ce régime, chaque époux est seul propriétaire de ses biens, qu’ils aient été acquis avant ou pendant le mariage. Il n’y a donc pas de partage des acquêts au titre du régime matrimonial : chacun garde ce qui est à son nom. Ce régime est souvent retenu par les personnes en affaires ou qui souhaitent une gestion indépendante de leur patrimoine.

La communauté de biens est l’ancien régime légal, applicable surtout aux mariages célébrés avant 1970. Elle repose sur l’idée d’une masse de biens communs administrée traditionnellement par un des époux. Elle ne s’applique plus automatiquement aujourd’hui, mais certains couples mariés avant le 1er juillet 1970 y demeurent soumis s’ils n’ont pas changé de régime. Il est théoriquement possible de l’adopter par contrat, mais c’est devenu très rare.

Attention

Choisir la séparation de biens ne veut pas dire échapper à tout partage. Le patrimoine familial reste applicable et se partage avant le régime, quel que soit le régime matrimonial. La séparation de biens n’écarte donc jamais le partage de la valeur de la résidence familiale, des meubles, des véhicules et des droits de retraite accumulés pendant le mariage.

Société d’acquêtsSéparation de biensCommunauté de biens
StatutRégime légal par défaut depuis 1970Choisi par contrat de mariageAncien régime légal (avant 1970)
Contrat requisNon (par défaut)Oui, contrat notariéOui, ou mariage avant 1970
Propriété des biensBiens propres et acquêts distinctsChacun seul propriétaire de ses biensMasse commune et biens propres
Partage à la dissolutionValeur des acquêts partagéeAucun partage des acquêtsPartage des biens communs
Profil fréquentLa grande majorité des couplesPersonnes en affaires, gestion indépendanteCouples mariés avant 1970

Ce tableau donne un portrait général. Les règles précises de chaque régime varient et le patrimoine familial s’applique en plus, dans tous les cas.

Le contrat de mariage doit être notarié

Pour choisir un régime autre que la société d’acquêts, ou pour aménager certaines règles, les époux doivent signer un contrat de mariage. Au Québec, ce contrat doit être notarié : il est reçu devant notaire, sous la forme d’un acte notarié en minute. Un simple accord privé signé entre les conjoints n’a pas la valeur d’un contrat de mariage.

Le contrat de mariage peut être conclu avant le mariage ou pendant le mariage. Il permet non seulement de choisir un régime (par exemple la séparation de biens), mais aussi de prévoir certaines clauses, comme des donations entre époux. Le notaire a un rôle de conseil : il explique aux futurs conjoints les conséquences du régime retenu et s’assure que leur consentement est libre et éclairé. Si vous préparez votre mariage, notre fiche Se marier au Québec présente les étapes et les décisions à anticiper.

Bon à savoir

Aucun contrat n’est obligatoire pour se marier. En l’absence de contrat de mariage notarié, les époux sont simplement soumis à la société d’acquêts. Le contrat devient nécessaire uniquement pour choisir un autre régime ou pour aménager des clauses particulières.

Distinguer biens propres et acquêts

Dans la société d’acquêts, tout repose sur la distinction entre biens propres et acquêts. Cette qualification détermine ce qui se partage et ce qui reste à chacun à la fin de l’union.

Les biens propres sont ceux qui demeurent la propriété exclusive d’un époux. On y trouve notamment les biens possédés avant le mariage, les biens reçus par héritage ou par donation pendant le mariage, ainsi que certains biens à caractère strictement personnel. Les acquêts, eux, sont les biens accumulés pendant le mariage, principalement grâce aux revenus de travail et aux économies réalisées durant la vie commune. La loi présume d’ailleurs qu’un bien est un acquêt tant qu’on ne prouve pas qu’il s’agit d’un bien propre.

À la dissolution (divorce, décès), on calcule la valeur des acquêts à partager : on additionne les acquêts de chaque époux, on tient compte des dettes et des récompenses dues à la masse propre ou aux acquêts, puis on établit la part de chacun. Chaque conjoint a en principe droit à la moitié de la valeur des acquêts de l’autre. Ces calculs peuvent devenir techniques, surtout lorsqu’un bien propre a servi à financer un acquêt, ou l’inverse ; l’accompagnement d’un avocat ou d’un notaire est souvent utile.

Généralement des biens propresGénéralement des acquêts
Biens possédés avant le mariageSalaires et revenus de travail gagnés pendant le mariage
Biens reçus par héritage pendant le mariageÉpargne réalisée pendant l’union
Biens reçus par donation pendant le mariagePlacements constitués avec les revenus de travail
Biens à caractère strictement personnelBiens achetés pendant le mariage avec des acquêts
Indemnités pour préjudice strictement personnelRevenus tirés des biens propres (selon les règles)

Ce tableau donne un portrait général. La qualification d’un bien dépend de sa nature, de son origine et des règles applicables à votre situation. En cas de doute, la loi présume qu’un bien est un acquêt.

Bon à savoir

Conservez les preuves de l’origine de vos biens : documents d’acquisition antérieurs au mariage, actes de donation, papiers de succession. Ces pièces sont essentielles pour établir qu’un bien est propre plutôt qu’acquêt au moment du partage.

Le régime s’applique après le patrimoine familial

C’est l’un des points les plus importants – et les plus souvent mal compris – du droit familial québécois : le régime matrimonial s’applique APRÈS le partage du patrimoine familial. Le patrimoine familial est une règle d’ordre public, ce qui signifie qu’il ne peut pas être écarté par contrat, même par un contrat de mariage notarié.

Concrètement, à la rupture, on procède en deux temps. On partage d’abord la valeur nette des biens du patrimoine familial (résidences de la famille, meubles qui les garnissent, véhicules de la famille, droits accumulés pendant le mariage dans les régimes de retraite, y compris les REER et les gains à la Régie des rentes du Québec). Ensuite, on liquide le régime matrimonial sur les biens qui restent, selon ses règles propres (partage des acquêts en société d’acquêts, aucun partage en séparation de biens, etc.).

Cette hiérarchie explique pourquoi la séparation de biens ne met jamais un conjoint totalement à l’abri du partage : même sous ce régime, la valeur des biens du patrimoine familial se partage. Pour comprendre l’ensemble de la démarche de rupture, consultez notre fiche Comment divorcer au Québec.

Attention

Aucun régime matrimonial, ni aucun contrat de mariage, ne permet d’écarter le patrimoine familial pendant l’union. C’est une règle d’ordre public qui prime sur le régime choisi et se partage en premier.

Peut-on changer de régime matrimonial ?

Oui. Les époux peuvent modifier leur régime matrimonial pendant le mariage, par exemple passer de la société d’acquêts à la séparation de biens, ou l’inverse. Ce changement doit toutefois se faire par un nouveau contrat de mariage notarié, reçu devant notaire.

La modification du régime doit respecter les droits des tiers, notamment des créanciers, afin d’éviter qu’un changement de régime serve à les léser. Le notaire vérifie ces aspects et informe les époux des conséquences de la modification. Il faut toutefois garder à l’esprit que ce changement ne touche que le régime matrimonial : il ne permet jamais d’écarter le patrimoine familial, qui demeure d’ordre public quelle que soit l’évolution du régime.

Comment choisir ou vérifier son régime ?

En pratique, la plupart des couples n’ont aucune démarche à faire : sans contrat, ils sont soumis à la société d’acquêts. Ceux qui envisagent un autre régime devraient prendre le temps de réfléchir à quelques questions avant de consulter un notaire :

  • l’un des conjoints est-il en affaires ou expose-t-il le couple à des risques financiers particuliers ?
  • le couple souhaite-t-il une gestion indépendante des patrimoines, ou plutôt une mise en commun de la valeur accumulée ?
  • y a-t-il des biens importants possédés avant le mariage, des héritages attendus ou des donations envisagées ?
  • les conjoints comprennent-ils bien que, quel que soit le régime, le patrimoine familial se partagera de toute façon en premier ?

Si vous n’êtes plus certain du régime qui vous gouverne, vous pouvez vérifier auprès du notaire qui a reçu votre contrat de mariage, ou consulter les registres appropriés. En l’absence de tout contrat, le régime est la société d’acquêts. Pour situer ces choix dans l’ensemble du droit familial, notre section Séparation et divorce réunit les principales fiches utiles.

Questions fréquentes

Quel est le régime matrimonial par défaut au Québec ?+

Depuis le 1er juillet 1970, le régime légal par défaut est la société d’acquêts. Les couples qui se marient sans contrat de mariage y sont automatiquement soumis. Chaque époux conserve ses biens propres, mais les acquêts, soit les biens accumulés pendant le mariage, se partagent à la dissolution du régime.

Faut-il un contrat de mariage au Québec ?+

Non, il n’est pas obligatoire. Sans contrat, les époux sont soumis à la société d’acquêts. Un contrat de mariage devient nécessaire seulement pour choisir un autre régime, comme la séparation de biens, ou pour prévoir des clauses particulières. Le contrat de mariage doit alors être notarié.

La séparation de biens signifie-t-elle qu’il n’y a aucun partage ?+

Non. En séparation de biens, chaque époux est seul propriétaire de ses biens et il n’y a pas de partage des acquêts au titre du régime. Mais le patrimoine familial reste applicable et se partage avant le régime, quel que soit le régime choisi. La valeur de la résidence familiale, des meubles, des véhicules et des droits de retraite accumulés pendant le mariage se partage donc quand même.

Quelle est la différence entre le patrimoine familial et le régime matrimonial ?+

Le patrimoine familial est une règle d’ordre public qui vise des biens précis (résidences, meubles, véhicules, droits de retraite) et s’applique à tous les couples mariés ou unis civilement, quel que soit leur régime. Le régime matrimonial encadre l’ensemble des autres biens. À la rupture, on partage d’abord le patrimoine familial, puis on liquide le régime matrimonial sur le reste.

Qu’est-ce qu’un bien propre et un acquêt ?+

Dans la société d’acquêts, les biens propres restent la propriété exclusive d’un époux : biens possédés avant le mariage ou reçus par héritage ou donation. Les acquêts sont les biens accumulés pendant le mariage, notamment grâce aux revenus de travail. À la dissolution, seule la valeur des acquêts se partage, en général à parts égales.

Peut-on changer de régime matrimonial pendant le mariage ?+

Oui. Les époux peuvent modifier leur régime pendant le mariage, mais uniquement par un nouveau contrat de mariage notarié, reçu devant notaire. Le changement doit respecter les droits des tiers et des créanciers. Il ne permet toutefois jamais d’écarter le patrimoine familial, qui est d’ordre public.

La communauté de biens existe-t-elle encore ?+

La communauté de biens était le régime légal avant le 1er juillet 1970. Elle ne s’applique plus automatiquement, mais certains couples mariés avant cette date y sont toujours soumis s’ils n’ont pas changé de régime. Il reste théoriquement possible de l’adopter par contrat, mais c’est aujourd’hui très rare.

Sources

  1. Code civil du Québec, dispositions sur les régimes matrimoniaux et la société d’acquêts.
  2. Ministère de la Justice du Québec – Les régimes matrimoniaux et le contrat de mariage.
  3. Loi introduisant la société d’acquêts comme régime légal (en vigueur le 1er juillet 1970).

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 6 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation familiale est unique : pour des conseils adaptés, consultez un avocat ou un notaire.

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