Technologies et Internet
La cyberintimidation
La cyberintimidation touche autant les jeunes que les adultes : messages blessants, rumeurs, partage d’images humiliantes, menaces. Le droit québécois et le droit criminel canadien offrent plusieurs protections, du retrait de contenu à la poursuite civile, en passant par la plainte à la police. Cette fiche explique ces recours avec prudence, sans minimiser la détresse que ces situations provoquent.
Sur cette page
La cyberintimidation désigne le fait d’utiliser les technologies – réseaux sociaux, messagerie, jeux en ligne, courriels – pour blesser, humilier, menacer ou harceler une personne de façon répétée. Elle peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale, particulièrement chez les jeunes. Si vous ou un proche vivez une telle situation, sachez qu’il existe des recours et, surtout, des ressources d’aide. Le gouvernement du Québec propose de l’information et des outils sur la prévention de l’intimidation et de la cyberintimidation. Cette fiche présente les deux grands volets du droit applicable – le volet civil et le volet criminel – puis les démarches concrètes et les ressources. Elle ne remplace pas un accompagnement personnalisé.
Si une personne est en danger immédiat ou fait l’objet de menaces sérieuses, composez le 911. La sécurité passe avant toute démarche juridique. Les recours décrits ici viennent ensuite.
Qu’est-ce que la cyberintimidation ?
Il n’existe pas de définition juridique unique de la « cyberintimidation ». Le terme regroupe des comportements très variés qui, selon leur gravité, relèvent du droit civil, du droit criminel, ou des deux. On y retrouve notamment :
- la diffusion de propos méprisants, insultes ou rumeurs visant à humilier une personne ;
- le partage de photos ou de vidéos gênantes sans consentement ;
- les menaces, le chantage ou l’incitation d’autrui à s’en prendre à quelqu’un ;
- l’usurpation d’identité (créer un faux profil au nom de la victime) ;
- le harcèlement par messages répétés, y compris après une demande d’arrêt.
Ce qui distingue la cyberintimidation de l’intimidation « classique », c’est sa portée : le contenu peut se propager rapidement, rester accessible longtemps et atteindre la victime à toute heure, jusque dans son domicile. Cette permanence rend d’autant plus importante la conservation des preuves et la rapidité de la réaction.
Dès les premiers gestes, faites des captures d’écran montrant le contenu, la date, l’auteur apparent et l’adresse de la page. Notez les dates et l’heure. Ne supprimez rien de votre côté : ces éléments seront utiles pour un signalement, une plainte ou une poursuite.
Le volet civil : réputation, vie privée et image
Au Québec, une personne victime de cyberintimidation peut invoquer plusieurs droits protégés par le Code civil du Québec et par la Charte des droits et libertés de la personne. Ces recours visent à faire cesser l’atteinte et à obtenir une compensation pour le préjudice subi.
- L’atteinte à la réputation : la diffusion de propos faux ou méprisants qui déconsidèrent une personne peut constituer de la diffamation. La réputation et l’honneur sont protégés par la Charte québécoise. Voir la fiche La diffamation en ligne pour le détail de ce recours.
- L’atteinte à la vie privée : divulguer des renseignements personnels, des échanges privés ou des détails de la vie intime d’une personne sans son accord porte atteinte à la vie privée, protégée par le Code civil et la Charte.
- Le droit à l’image : publier la photo ou la vidéo d’une personne sans son consentement, surtout dans un but humiliant, peut engager la responsabilité de l’auteur.
Ces atteintes reposent sur la responsabilité civile : la victime doit démontrer une faute, un préjudice (moral, psychologique ou matériel) et un lien entre les deux. Le tribunal peut accorder des dommages-intérêts et, dans certains cas, des dommages punitifs lorsque l’atteinte à un droit protégé par la Charte est intentionnelle. Pour comprendre les fondements de ces droits, consultez la fiche Les chartes et les droits fondamentaux.
| Type d’atteinte | Fondement juridique | Exemple lié à la cyberintimidation |
|---|---|---|
| Réputation et honneur | Charte québécoise ; Code civil (responsabilité) | Rumeurs, fausses accusations diffusées en ligne |
| Vie privée | Code civil (art. 35-36) ; Charte | Publication de messages privés ou de données personnelles |
| Droit à l’image | Code civil (art. 36) | Partage d’une photo humiliante sans consentement |
| Dignité | Charte québécoise | Contenus dégradants ou déshumanisants |
Le volet criminel : ce que dit le Code criminel
Le Code criminel canadien ne contient pas d’infraction nommée « cyberintimidation ». En revanche, plusieurs gestes fréquents dans ce contexte sont des infractions criminelles, peu importe qu’ils soient commis en personne ou en ligne. Il s’agit d’un domaine sérieux : une accusation criminelle a des conséquences importantes, et l’appréciation appartient à la police et au poursuivant.
- Le harcèlement criminel : le fait de suivre, de communiquer de façon répétée ou de surveiller une personne de manière à lui faire raisonnablement craindre pour sa sécurité.
- Les menaces : proférer des menaces de causer la mort ou des blessures, ou de détruire des biens.
- La distribution non consensuelle d’images intimes : partager, publier ou rendre accessible une image intime d’une personne sans son consentement est une infraction précise, ajoutée au Code criminel pour répondre à ces situations.
- L’extorsion et la « sextorsion » : menacer de diffuser des images pour obtenir de l’argent, des faveurs ou d’autres images.
- La propagande haineuse : les propos qui incitent à la haine contre un groupe identifiable.
- L’usurpation d’identité et la fraude à l’identité : se faire passer pour une autre personne dans un but malveillant.
| Comportement en ligne | Infraction criminelle possible |
|---|---|
| Messages répétés qui font craindre pour sa sécurité | Harcèlement criminel |
| Menaces de blessures ou de mort | Proférer des menaces |
| Partage d’une image intime sans consentement | Distribution non consensuelle d’images intimes |
| Chantage pour obtenir de l’argent ou des images | Extorsion |
| Faux profil au nom de la victime | Usurpation ou fraude à l’identité |
La diffusion d’une image intime sans consentement est prise très au sérieux. Lorsqu’elle vise une personne mineure, elle peut aussi relever des dispositions sur la pornographie juvénile. Des recours civils et des ordonnances de retrait existent en parallèle des poursuites criminelles.
Que faire concrètement ?
Face à la cyberintimidation, plusieurs démarches peuvent être menées de front. Elles ne s’excluent pas les unes les autres.
- Signaler et faire retirer le contenu : la plupart des plateformes offrent des outils pour dénoncer un contenu qui enfreint leurs règles. Utilisez-les et demandez le retrait. Documentez chaque signalement.
- Envoyer une mise en demeure : une lettre formelle peut exiger le retrait du contenu et la cessation des gestes. Voir la fiche Les adolescents et le droit pour le contexte des mineurs.
- Porter plainte à la police : lorsque les gestes peuvent constituer une infraction (menaces, harcèlement, diffusion d’images intimes), un signalement au service de police local ou à la Sûreté du Québec permet d’ouvrir une enquête.
- Demander une injonction : un tribunal peut ordonner le retrait d’un contenu ou l’arrêt d’un comportement, parfois de façon urgente.
- Intenter une poursuite civile : pour obtenir des dommages-intérêts en réparation du préjudice subi.
Selon la situation, un accompagnement juridique aide à choisir la voie la plus efficace et à préserver les preuves. Pour trouver des ressources et de l’aide, consultez notre page Trouver de l’aide.
Les jeunes et les écoles
La cyberintimidation touche particulièrement les jeunes, et le milieu scolaire joue un rôle central. La Loi sur l’instruction publique oblige chaque établissement à se doter d’un plan de lutte contre l’intimidation et la violence. Ce cadre découle de la volonté du législateur québécois de prévenir et de combattre l’intimidation à l’école, y compris sous sa forme électronique.
Concrètement, l’école doit :
- recevoir et traiter les signalements d’intimidation, faits par un élève, un parent ou un membre du personnel ;
- soutenir la victime et prendre des mesures à l’égard de l’élève auteur ;
- intervenir même lorsque les gestes se produisent en ligne, en dehors des heures de classe, s’ils ont un effet sur le climat scolaire ou sur l’élève visé.
Sur le plan criminel, un adolescent de 12 à 17 ans est visé par la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, qui met l’accent sur la responsabilisation et la réinsertion. Un enfant de moins de 12 ans ne peut être accusé, mais l’école et, le cas échéant, un recours civil visant les parents demeurent possibles. La fiche Les adolescents et le droit précise ces règles.
Prévenir et se protéger
La prévention reste la meilleure protection. Quelques réflexes réduisent les risques et facilitent la réaction :
- Régler les paramètres de confidentialité des comptes et limiter le partage d’informations personnelles ;
- Bloquer et signaler rapidement les comptes problématiques plutôt que de répondre ;
- Parler à une personne de confiance : un parent, un intervenant scolaire, un professionnel ;
- Ne pas relayer un contenu blessant, même pour le dénoncer, afin de ne pas amplifier sa diffusion ;
- Conserver les preuves avant de bloquer ou de supprimer.
Pour une vue d’ensemble des enjeux juridiques du numérique, consultez le thème Technologies et Internet.
Où trouver de l’aide
Vous n’êtes pas seul. Plusieurs ressources offrent de l’écoute et de l’accompagnement, souvent gratuitement et de façon confidentielle :
- Urgence et danger immédiat : composez le 911.
- Jeunes : Tel-jeunes offre une écoute en tout temps, par téléphone et par texto.
- Parents : LigneParents accompagne les parents confrontés à ces situations.
- Diffusion d’images intimes : des organismes spécialisés, comme le Centre canadien de protection de l’enfance, aident à faire retirer des images, notamment lorsqu’un mineur est concerné.
- Police : votre service de police local ou la Sûreté du Québec pour déposer une plainte.
Un avocat peut évaluer vos recours civils, rédiger une mise en demeure et vous accompagner dans une plainte ou une poursuite. La consultation initiale permet souvent de clarifier vos options.
Questions fréquentes
La cyberintimidation est-elle un crime au Québec ?+
Il n’existe pas d’infraction précise appelée « cyberintimidation » dans le Code criminel. Toutefois, plusieurs gestes liés à la cyberintimidation peuvent constituer des infractions : harcèlement criminel, menaces, distribution non consensuelle d’images intimes, extorsion, propos haineux ou usurpation d’identité. La victime peut aussi exercer des recours civils.
Comment faire retirer un contenu qui me nuit en ligne ?+
Commencez par signaler le contenu à la plateforme qui l’héberge, en utilisant ses outils de dénonciation. Conservez des preuves (captures d’écran, adresses, dates). Si le contenu porte atteinte à votre réputation ou à votre vie privée, une mise en demeure ou une demande d’injonction peut forcer son retrait. Pour des images intimes de mineurs, des organismes spécialisés peuvent aider.
Puis-je poursuivre l’auteur pour obtenir une compensation ?+
Oui. Si vous subissez un préjudice (atteinte à la réputation, à la vie privée, à la dignité, stress, perte d’emploi), vous pouvez intenter une poursuite civile en dommages-intérêts fondée sur la responsabilité civile et sur la Charte québécoise. Il faut démontrer la faute, le préjudice et le lien entre les deux.
Que peut faire l’école en cas de cyberintimidation entre élèves ?+
La Loi sur l’instruction publique oblige chaque école à se doter d’un plan de lutte contre l’intimidation et la violence. L’école doit recevoir les signalements, intervenir, soutenir la victime et prendre des mesures à l’égard de l’élève auteur, même lorsque les gestes ont lieu en ligne s’ils ont un effet sur le climat scolaire.
À quel âge un jeune peut-il être tenu responsable ?+
Sur le plan criminel, la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents s’applique aux jeunes de 12 à 17 ans. Un enfant de moins de 12 ans ne peut être accusé au criminel, mais ses parents peuvent être visés par un recours civil et l’école peut intervenir. Chaque situation est particulière.
Où trouver de l’aide en cas de cyberintimidation ?+
En cas de danger immédiat, composez le 911. Les jeunes peuvent joindre Tel-jeunes en tout temps et les parents, LigneParents. Pour la diffusion d’images intimes, des ressources spécialisées existent. Un avocat peut évaluer vos recours civils et vous accompagner dans une plainte.
Sources
- Code criminel (harcèlement criminel, menaces, distribution non consensuelle d’images intimes, extorsion) – Parlement du Canada.
- Code civil du Québec (vie privée, droit à l’image, responsabilité civile).
- Charte des droits et libertés de la personne (dignité, honneur, réputation, vie privée) – gouvernement du Québec.
- Loi sur l’instruction publique – plan de lutte contre l’intimidation et la violence à l’école.
- Prévention de l’intimidation et de la cyberintimidation – gouvernement du Québec (quebec.ca).
Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 7 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. La cyberintimidation peut avoir des conséquences graves : si vous êtes en détresse ou en danger, cherchez de l’aide sans tarder et consultez un avocat pour évaluer vos recours.
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