Faillite et insolvabilité

La faillite personnelle au Québec

La faillite personnelle est un recours légal encadré par une loi fédérale, conçu pour donner un nouveau départ à une personne submergée par ses dettes. Mais attention : elle n’efface pas tout, elle laisse une trace au dossier de crédit, et ce n’est pas toujours la meilleure solution.

À jour le 6 juillet 2026Lecture : 9 minRévisé par notre comité juridique

Quand les dettes deviennent impossibles à rembourser et que les créanciers se font pressants, beaucoup de gens se sentent acculés. La faillite personnelle existe précisément pour ces situations : elle offre un cadre juridique ordonné permettant de repartir à zéro. Au Québec, comme partout au Canada, la faillite personnelle est encadrée par la Loi sur la faillite et l’insolvabilité (fédérale). C’est donc une procédure de compétence fédérale, supervisée par un organisme public. Pour un aperçu officiel des règles, consultez le Bureau du surintendant des faillites. Cette fiche explique ce qu’est réellement la faillite, ce qu’elle efface (et ce qu’elle n’efface pas), ses effets et ses alternatives.

Qu’est-ce que la faillite personnelle ?

La faillite personnelle est un processus légal par lequel une personne insolvable – c’est-à-dire incapable de payer ses dettes à leur échéance – remet ses biens saisissables à un professionnel qui les liquide au profit de ses créanciers, en échange de quoi elle est ensuite libérée de la plupart de ses dettes. L’objectif n’est pas de punir : c’est de permettre un nouveau départ financier tout en traitant les créanciers de façon équitable et ordonnée.

Trois idées essentielles pour bien comprendre :

  • la faillite ne concerne qu’une personne insolvable, pas quelqu’un qui traverse une simple difficulté temporaire ;
  • elle est collective : elle traite l’ensemble des dettes admissibles, et non une seule ;
  • elle mène, à la fin du processus, à une libération qui efface les dettes visées.

La faillite se distingue d’un simple arrangement privé avec un créancier. C’est une procédure formelle, encadrée par la loi, avec des étapes, des devoirs à respecter et une supervision officielle.

On confond parfois « faillite » et « insolvabilité ». L’insolvabilité est un état de fait : la personne n’arrive plus à honorer ses obligations financières à mesure qu’elles deviennent exigibles. La faillite, elle, est l’une des réponses juridiques possibles à cet état. Une personne insolvable n’est donc pas nécessairement en faillite ; elle peut choisir une autre voie, comme la proposition de consommateur, ou tenter de redresser sa situation autrement. La faillite est en quelque sorte la solution la plus complète, mais aussi la plus lourde de conséquences, parmi celles que prévoit la loi fédérale.

Il importe aussi de comprendre que la faillite n’est pas une décision à prendre seul, sous le coup du stress. Un premier entretien avec un professionnel de l’insolvabilité permet de faire le portrait exact de la situation : le total réel des dettes, la nature de chacune, les revenus, les biens et les obligations familiales. C’est cet examen d’ensemble qui détermine si la faillite est la meilleure réponse ou si une autre option servirait mieux vos intérêts.

Bon à savoir

La faillite n’est pas la seule réponse à l’endettement. Il existe des alternatives, en particulier la proposition de consommateur, qui permet souvent de conserver ses biens. Comparez toujours les options avant de décider.

La loi fédérale et le rôle du syndic

La faillite personnelle relève de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, une loi fédérale qui s’applique dans toutes les provinces, y compris au Québec. Elle fixe les grandes règles : qui peut faire faillite, comment se déroule la procédure, quelles dettes sont effaçables et quelles obligations la personne doit remplir.

Point crucial : une faillite doit être administrée par un syndic autorisé en insolvabilité (SAI). Il s’agit du seul professionnel légalement habilité à déposer une faillite et à en assurer l’administration. Le syndic est titulaire d’une licence délivrée par le Bureau du surintendant des faillites et il agit dans un cadre strict. Ni un avocat seul, ni une « agence de règlement de dettes », ni un conseiller financier ne peuvent déposer une faillite à votre place.

Le rôle du syndic autorisé en insolvabilité comprend notamment :

  • évaluer votre situation et vous expliquer vos options (faillite, proposition ou autre) ;
  • préparer et déposer les documents officiels ;
  • informer vos créanciers et administrer les biens saisissables ;
  • vous accompagner dans les séances d’information obligatoires ;
  • voir à votre libération à la fin du processus.

Le syndic occupe une position particulière : il n’est ni votre avocat ni celui des créanciers. La loi lui confie un rôle d’administration encadré, dans lequel il doit agir avec intégrité et respecter des règles précises. Il vous informe, prépare les documents et supervise le déroulement, tout en veillant au traitement équitable des créanciers. Cette neutralité est importante à comprendre : le syndic ne « défend » pas une partie contre l’autre, il applique un cadre légal conçu pour équilibrer les intérêts en présence.

Avant même le dépôt, le premier entretien avec le syndic est généralement l’occasion de dresser la liste complète de vos dettes et de vos biens, d’estimer vos revenus et vos dépenses, et de comparer les options qui s’offrent à vous. C’est une étape d’information essentielle : elle vous permet de décider en connaissance de cause plutôt que dans l’urgence. N’hésitez pas à poser toutes vos questions sur les conséquences de chaque scénario.

À retenir

Seul un syndic autorisé en insolvabilité peut déposer une faillite. Méfiez-vous des entreprises qui promettent d’« effacer vos dettes » sans vous orienter vers un SAI : elles ajoutent parfois des frais sans régler le fond du problème.

Quelles dettes la faillite efface-t-elle ?

C’est la question centrale, et la réponse mérite de la nuance. La faillite libère la personne de la plupart de ses dettes, mais certaines dettes ne sont pas effaçables. La Loi sur la faillite et l’insolvabilité énumère plusieurs catégories de dettes qui survivent à la faillite, parce qu’elles touchent des obligations jugées trop importantes pour être annulées.

Parmi les dettes qui ne sont pas effaçables, on trouve notamment :

  • les pensions alimentaires (pour enfants comme entre ex-conjoints) ;
  • les amendes et pénalités imposées par un tribunal ;
  • certaines dettes d’études récentes (prêts étudiants dont la fin des études remonte à peu de temps) ;
  • les dettes découlant d’une fraude ou d’un détournement.

À l’inverse, la plupart des dettes de consommation ordinaires – soldes de cartes de crédit, marges de crédit, prêts personnels, factures impayées – sont généralement visées par la libération.

Type de detteEffaçable par la faillite ?
Solde de carte de créditOui, en général
Marge de crédit personnelleOui, en général
Prêt personnel non garantiOui, en général
Factures impayées (services, télécom)Oui, en général
Pension alimentaire (enfants ou ex-conjoint)Non – jamais effaçable
Amendes et pénalités imposées par un tribunalNon
Certaines dettes d’études récentesNon, selon le délai depuis la fin des études
Dettes issues d’une fraudeNon

Ce tableau donne des repères généraux. Comme la loi comporte des conditions et des exceptions, faites toujours valider votre situation précise par un syndic autorisé en insolvabilité.

La logique derrière ces exceptions est cohérente : le législateur a choisi de ne pas laisser la faillite servir à échapper à des obligations jugées fondamentales. Une pension alimentaire, par exemple, protège des personnes vulnérables (un enfant, un ex-conjoint) ; permettre de l’effacer par une faillite irait à l’encontre de ce but. De même, laisser une personne se soustraire à une amende imposée par un tribunal ou à une dette née d’une fraude affaiblirait la portée de ces mesures. C’est pourquoi ces dettes survivent à la faillite et demeurent exigibles après la libération.

Les dettes garanties suivent par ailleurs une logique distincte de celle des dettes ordinaires. Lorsqu’un bien a été donné en garantie – une maison hypothéquée, un véhicule financé – le créancier conserve un droit sur ce bien. La faillite ne fait pas disparaître ce droit : si vous souhaitez conserver le bien, vous devrez généralement continuer d’en assumer les paiements selon les modalités convenues. C’est un point à clarifier tôt avec le syndic, car il influence directement ce que vous pourrez garder.

Quels biens sont protégés ?

La faillite implique de remettre ses biens saisissables, mais elle ne vous laisse pas démuni. Certains biens sont déclarés insaisissables selon le droit québécois et échappent donc à la liquidation. L’idée est de protéger un minimum vital pour permettre à la personne de continuer à vivre et à travailler.

Le droit québécois prévoit ainsi que certains biens ne peuvent être saisis – par exemple des biens nécessaires à la vie courante ou à l’exercice d’un travail, selon des règles précises. Les modalités et l’étendue de cette protection varient d’une situation à l’autre, et c’est justement le syndic qui pourra vous indiquer ce qui est protégé dans votre cas. Pour approfondir la question, voyez notre fiche Saisie et insaisissabilité.

Attention aux biens grevés

Un bien donné en garantie d’un prêt (par exemple un véhicule financé ou une maison hypothéquée) obéit à des règles particulières. Le créancier garanti conserve des droits sur le bien. Discutez de chaque bien important avec votre syndic avant de déposer.

Comment se déroule une faillite ?

La faillite suit une séquence encadrée. Sans entrer dans chaque détail technique, en voici les grandes étapes :

  • Consultation : vous rencontrez un syndic autorisé en insolvabilité qui évalue votre situation et compare les options.
  • Dépôt : si la faillite est retenue, le syndic prépare et dépose les documents officiels.
  • Effet immédiat : le dépôt déclenche des protections contre la plupart des recours des créanciers.
  • Administration : le syndic informe les créanciers, gère les biens saisissables et perçoit, s’il y a lieu, certaines sommes.
  • Séances d’information : vous devez participer à des séances de counseling financier obligatoires.
  • Libération : à la fin du processus, vous êtes libéré des dettes effaçables.

Tout au long de la procédure, vous avez des obligations : fournir des renseignements exacts, coopérer avec le syndic et respecter les conditions prévues par la loi. Le non-respect de ces obligations peut retarder ou compliquer la libération.

Le dépôt de la faillite produit un effet souvent méconnu, mais très concret : il déclenche une protection contre la plupart des recours des créanciers. Les appels de recouvrement, les poursuites et, dans bien des cas, les saisies liées aux dettes visées doivent cesser. Pour une personne épuisée par la pression financière, ce répit immédiat est parfois le premier soulagement tangible de tout le processus. Il ne s’agit pas d’un permis d’ignorer ses obligations, mais d’un cadre qui remplace le chaos des démarches individuelles des créanciers par une procédure ordonnée et unique.

Les séances de counseling financier, elles, ne sont pas une simple formalité. Elles visent à comprendre ce qui a mené à l’endettement et à acquérir des outils concrets – suivi budgétaire, gestion du crédit, planification – pour éviter que la situation ne se reproduise. Beaucoup de personnes en ressortent avec une vision plus claire de leurs finances qu’avant leurs difficultés. C’est un volet du processus tourné vers l’avenir, et non vers le passé.

L’impact sur le dossier de crédit

Il faut être clair : la faillite a un impact sur le dossier de crédit. Elle y est inscrite pour une période déterminée par les agences d’évaluation du crédit, et cette inscription influe sur votre capacité à emprunter, à louer un logement ou à obtenir certaines cartes pendant plusieurs années.

Cet impact est réel, mais il faut le remettre en perspective. Beaucoup de personnes qui envisagent la faillite ont déjà un dossier de crédit fragilisé par des retards de paiement accumulés. La faillite met un terme à cette spirale et permet, avec le temps et de bonnes habitudes, de reconstruire progressivement son crédit. Les séances de counseling financier obligatoires visent d’ailleurs à outiller la personne pour cette reconstruction.

Reconstruire après

Après une faillite, on peut rebâtir son crédit graduellement : respecter chaque échéance, limiter les nouvelles dettes et suivre un budget. Notre fiche Gérer ses dettes propose des repères pour reprendre le contrôle.

Les alternatives à la faillite

La faillite n’est pas la seule voie. Il existe des alternatives, et la plus connue est la proposition de consommateur. Encadrée par la même loi fédérale et déposée elle aussi par un syndic autorisé en insolvabilité, la proposition permet de négocier avec les créanciers le remboursement d’une partie des dettes sur une période, sans faire faillite. Elle permet souvent de conserver ses biens et a généralement un impact moins lourd que la faillite.

D’autres pistes existent selon la situation : consolidation de dettes, entente directe avec certains créanciers, ou simple réorganisation budgétaire quand l’endettement reste gérable. Le bon choix dépend du montant des dettes, de la valeur des biens, du revenu et des objectifs de chacun.

Comment savoir laquelle privilégier ? En pratique, la comparaison repose sur quelques questions clés. Avez-vous un revenu qui vous permettrait de rembourser une partie de vos dettes sur une période raisonnable ? Possédez-vous des biens auxquels vous tenez et que vous souhaitez conserver ? Quelle est l’ampleur réelle de votre endettement par rapport à votre capacité de paiement ? Selon les réponses, la proposition de consommateur peut apparaître comme la voie la plus douce, tandis que la faillite reste la solution de dernier recours lorsque le remboursement partiel n’est tout simplement pas envisageable. Le syndic autorisé en insolvabilité est justement là pour poser ce diagnostic avec vous et chiffrer les scénarios.

CritèreFailliteProposition de consommateur
Loi applicableLoi sur la faillite et l’insolvabilité (fédérale)Loi sur la faillite et l’insolvabilité (fédérale)
Professionnel requisSyndic autorisé en insolvabilitéSyndic autorisé en insolvabilité
Remise des biens saisissablesOui, en principeNon – on conserve généralement ses biens
FonctionnementLiquidation puis libérationRemboursement partiel négocié sur une période
Vote des créanciersNon requis pour la libérationOui, les créanciers votent sur la proposition
Impact sur le dossier de créditImpact importantImpact généralement moins lourd
Dettes non effaçablesPensions, amendes, etc. subsistentPensions, amendes, etc. subsistent

Faillite et séparation

Une rupture et un surendettement vont souvent de pair : deux ménages à financer, des dettes contractées ensemble, une pression accrue sur le budget. La faillite peut alors être envisagée, mais la séparation ajoute des enjeux qu’il faut traiter avec soin.

Deux points méritent une attention particulière. D’abord, les pensions alimentaires ne sont pas effaçables par la faillite : l’obligation de soutien envers un enfant ou un ex-conjoint survit à la procédure. Ensuite, les dettes communes et le partage des biens issus de la séparation interagissent avec la faillite d’une manière qui peut être complexe. Avant d’agir, il est prudent de coordonner votre démarche financière avec vos obligations familiales. Consultez notre fiche Finances après une séparation et, au besoin, un syndic autorisé en insolvabilité.

La question des dettes contractées à deux mérite qu’on s’y arrête. Lorsqu’un couple a emprunté conjointement – une marge de crédit commune, un prêt cosigné – chacun demeure en principe responsable de la dette envers le créancier, indépendamment de ce que prévoit l’entente de séparation entre les ex-conjoints. Si l’un des deux fait faillite et se libère de sa part, le créancier peut se tourner vers l’autre pour le solde. Cette réalité surprend souvent : une entente privée entre ex-conjoints ne lie pas nécessairement les créanciers. D’où l’importance de bien comprendre qui doit quoi, et à qui, avant de choisir une solution d’insolvabilité au moment d’une rupture.

Enfin, le moment choisi pour agir peut avoir de l’importance. Régler d’abord certains aspects de la séparation, ou au contraire traiter l’endettement en premier, n’a pas les mêmes conséquences selon les cas. Il n’existe pas de réponse unique : c’est précisément pourquoi une consultation, idéalement coordonnée entre un conseiller en insolvabilité et un professionnel du droit de la famille, permet d’éviter des décisions qui, prises isolément, pourraient nuire à l’ensemble de votre situation.

Questions fréquentes

La faillite efface-t-elle toutes mes dettes ?+

Non. La faillite libère la personne de la plupart de ses dettes, mais certaines ne sont pas effaçables : notamment les pensions alimentaires, les amendes et pénalités imposées par un tribunal et certaines dettes d’études récentes. La Loi sur la faillite et l’insolvabilité précise ces exceptions.

Vais-je tout perdre si je fais faillite ?+

Non. Certains biens sont déclarés insaisissables selon le droit québécois et échappent donc à la faillite. La liste et les modalités varient selon la situation ; un syndic autorisé en insolvabilité peut vous indiquer ce qui est protégé dans votre cas.

Qui administre une faillite personnelle au Québec ?+

La faillite doit obligatoirement être administrée par un syndic autorisé en insolvabilité (SAI), un professionnel titulaire d’une licence délivrée par le Bureau du surintendant des faillites. Aucune autre entité ne peut légalement déposer une faillite en votre nom.

La faillite apparaît-elle dans mon dossier de crédit ?+

Oui. Une faillite a un impact sur le dossier de crédit et y est inscrite pour une période déterminée par les agences d’évaluation du crédit. Cet impact influe sur votre capacité à emprunter pendant plusieurs années.

Existe-t-il une solution moins lourde que la faillite ?+

Oui. La proposition de consommateur est une alternative encadrée par la même loi fédérale : elle permet souvent de conserver ses biens et a généralement un impact moins lourd que la faillite. Un syndic autorisé en insolvabilité peut comparer les deux options avec vous.

Puis-je faire faillite si je viens de me séparer ?+

Oui, mais la séparation ajoute des enjeux. Les dettes contractées ensemble, le partage des biens et les pensions alimentaires interagissent avec la faillite. Comme les pensions alimentaires ne sont pas effaçables, il est prudent de consulter avant d’agir.

Sources

  1. Loi sur la faillite et l’insolvabilité (fédérale).
  2. Bureau du surintendant des faillites Canada (ised-isde.canada.ca).
  3. Code civil du Québec et Code de procédure civile (biens insaisissables).

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 6 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : pour des conseils adaptés, consultez un syndic autorisé en insolvabilité ou un avocat.

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