Santé, sécurité et dignité

Le harcèlement psychologique au travail au Québec

Tout salarié a droit à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique. La loi définit ce harcèlement, impose à l’employeur de le prévenir et de le faire cesser, et ouvre des recours à la personne qui en est victime.

À jour le 20 juin 2026Lecture : 10 minRévisé par notre comité juridique

Le travail occupe une grande part de la vie, et personne ne devrait avoir à le subir dans la crainte, l’humiliation ou l’hostilité. Au Québec, la Loi sur les normes du travail protège tous les salariés contre le harcèlement psychologique. Cette protection existe quel que soit le secteur, la taille de l’entreprise ou le statut du salarié, et elle vise autant les gestes d’un supérieur que ceux d’un collègue, d’un subordonné ou même d’un tiers en lien avec le travail. Pour l’information officielle sur vos droits et sur les démarches, consultez la CNESST.

Beaucoup de personnes hésitent à agir parce qu’elles ne savent pas si ce qu’elles vivent « compte » comme du harcèlement, ou parce qu’elles craignent des représailles. D’autres confondent un conflit difficile, une réorganisation ou une évaluation sévère avec du harcèlement, alors que ces situations n’en sont pas nécessairement. Bien comprendre la définition légale est donc la première étape : elle permet de nommer les faits, de savoir ce que l’employeur doit faire, et d’évaluer les recours disponibles.

Cette fiche présente la définition du harcèlement psychologique (qui inclut le harcèlement sexuel), la distinction avec ce qui n’en est pas, les obligations de prévention et d’intervention de l’employeur, la politique obligatoire, les démarches internes et la plainte à la CNESST, puis les recours et les réparations possibles.

Qu’est-ce que le harcèlement psychologique ?

La loi définit le harcèlement psychologique comme une conduite vexatoire se manifestant par des comportements, des paroles, des actes ou des gestes répétés, qui sont hostiles ou non désirés, qui portent atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique du salarié, et qui entraînent pour lui un milieu de travail néfaste. Cinq éléments se dégagent de cette définition :

  • une conduite vexatoire (blessante, humiliante ou abusive) ;
  • un caractère répété des comportements ;
  • des paroles ou gestes hostiles ou non désirés ;
  • une atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique ;
  • un milieu de travail rendu néfaste pour la personne.

La loi précise aussi qu’une seule conduite grave peut constituer du harcèlement psychologique si elle porte une telle atteinte et produit un effet nocif continu pour le salarié. La répétition n’est donc pas toujours indispensable lorsque la gravité est suffisante.

L’appréciation se fait du point de vue d’une personne raisonnable placée dans la même situation. Il ne s’agit pas seulement de la perception subjective de la victime, ni de la seule intention de l’auteur : on examine si, objectivement, la conduite pouvait porter atteinte à la dignité et rendre le milieu néfaste. C’est pourquoi les faits, le contexte et leurs effets réels comptent autant que les mots employés.

Le harcèlement sexuel est inclus

La définition légale du harcèlement psychologique comprend expressément les conduites à caractère sexuel. Les paroles, avances, gestes ou sollicitations non désirés à connotation sexuelle relèvent du même régime de protection et ouvrent les mêmes recours.

Ce qui constitue – et ne constitue pas – du harcèlement

La frontière n’est pas toujours évidente. Certaines situations désagréables au travail ne sont pas, en soi, du harcèlement psychologique. Le tableau suivant illustre la distinction, sachant que chaque cas s’apprécie selon l’ensemble des faits.

Peut constituer du harcèlementNe constitue pas, en soi, du harcèlement
Insultes, humiliations ou dénigrement répétés devant les collègues.Une évaluation de rendement sévère mais faite de bonne foi.
Intimidation, menaces ou propos hostiles constants.L’attribution normale de tâches ou de responsabilités.
Mise à l’écart, isolement organisé, refus délibéré de communiquer.Une mesure disciplinaire justifiée et proportionnée.
Propos ou gestes non désirés à connotation sexuelle.Un conflit ponctuel ou une divergence d’opinions.
Sabotage du travail, retrait injustifié des outils nécessaires.Le stress inhérent à une charge de travail exigeante mais raisonnable.
Propos discriminatoires répétés liés à un motif interdit.La gestion des absences et des présences dans les règles.
Droit de gérance

L’employeur conserve son droit de gérance : diriger, encadrer, évaluer et discipliner ses employés. Exercé de bonne foi et sans abus, ce droit n’est pas du harcèlement. C’est l’exercice abusif, discriminatoire ou de mauvaise foi qui peut basculer dans le harcèlement.

L’obligation de l’employeur : prévenir et faire cesser

La loi impose à l’employeur une double obligation. D’une part, il doit prendre les moyens raisonnables pour prévenir le harcèlement psychologique. D’autre part, dès qu’une situation de harcèlement est portée à sa connaissance, il doit la faire cesser. Cette obligation vise le harcèlement provenant de toute personne en lien avec le milieu de travail, y compris les collègues, les supérieurs, la clientèle ou les fournisseurs.

Concrètement, prévenir suppose d’informer et de sensibiliser le personnel, d’établir des règles de conduite claires et de mettre en place un mécanisme de signalement accessible. Faire cesser suppose d’agir avec sérieux : accueillir la plainte, enquêter de façon impartiale, protéger la personne visée contre les représailles et, au besoin, prendre des mesures correctives à l’égard de l’auteur.

Cette responsabilité de l’employeur découle aussi de son obligation plus générale de protéger la santé, la sécurité et la dignité du salarié, prévue dans le contrat de travail et dans les lois du travail. Un employeur qui reste passif malgré des signalements manque à ses devoirs et peut voir sa responsabilité engagée, indépendamment de l’identité de l’auteur du harcèlement.

Politique obligatoire

L’employeur doit adopter et rendre disponible à ses employés une politique de prévention du harcèlement psychologique et de traitement des plaintes. Cette politique doit notamment couvrir les conduites à caractère sexuel. Demandez-en une copie : elle indique la marche à suivre à l’interne.

Que faire si vous vivez du harcèlement

Réagir tôt et documenter les faits améliore vos chances de faire reconnaître et cesser le harcèlement. Voici une démarche générale, à adapter à votre situation.

ÉtapeCe que vous pouvez faire
1. DocumenterNotez par écrit les événements : dates, lieux, personnes présentes, paroles ou gestes, effets ressentis. Conservez courriels, messages et témoignages.
2. Signaler à l’auteur, si possibleLorsque c’est sécuritaire, exprimez clairement que le comportement n’est pas désiré et doit cesser.
3. Utiliser la politique interneSignalez la situation à l’employeur ou à la personne responsable, selon la politique de prévention et de traitement des plaintes.
4. Protéger votre santéConsultez au besoin un professionnel de la santé. Un suivi médical documente aussi les effets sur votre intégrité psychologique.
5. Déposer une plaintePortez plainte à la CNESST dans le délai prévu par la loi, ou déposez un grief si vous êtes syndiqué.
6. Vous faire accompagnerRenseignez-vous auprès d’un avocat, d’un syndicat ou d’un organisme d’aide pour connaître vos droits et vos recours.

La documentation est essentielle. En matière de harcèlement, la preuve repose souvent sur une accumulation de faits qui, mis bout à bout, révèlent une conduite vexatoire. Un journal daté, précis et factuel a beaucoup plus de valeur qu’un souvenir général formulé longtemps après. Notez ce qui s’est passé, mais aussi les conséquences concrètes sur votre travail et votre santé.

La plainte à la CNESST

Le salarié qui croit être victime de harcèlement psychologique peut déposer une plainte à la CNESST, en vertu de la Loi sur les normes du travail. La plainte doit être déposée dans le délai prévu par la loi à compter de la dernière manifestation de la conduite ; comme ce délai peut varier et être révisé, vérifiez le délai applicable directement auprès de la CNESST avant d’agir, et ne tardez pas.

Après le dépôt, la CNESST peut offrir un service d’accompagnement et de médiation pour tenter un règlement entre les parties. À défaut d’entente, le dossier peut être porté devant le Tribunal administratif du travail, qui entendra la preuve et tranchera. Le salarié syndiqué, lui, fait généralement valoir ses droits par le grief prévu à sa convention collective, plutôt que par la plainte à la CNESST.

Il est important de savoir que la loi protège aussi contre les représailles. Un employeur ne peut pas sanctionner, rétrograder ou congédier un salarié parce qu’il a signalé du harcèlement, déposé une plainte ou collaboré à une enquête. De telles mesures peuvent elles-mêmes donner lieu à un recours distinct.

Attention aux délais

Le délai pour porter plainte est fixé par la loi et il est strict. Même si vous tentez d’abord de régler la situation à l’interne, informez-vous rapidement du délai en vigueur auprès de la CNESST afin de préserver vos droits.

Les recours et les réparations possibles

Lorsqu’une plainte est jugée fondée, le tribunal spécialisé dispose de pouvoirs de réparation étendus. Il peut ordonner à l’employeur de prendre les moyens raisonnables pour faire cesser le harcèlement et pour en prévenir la répétition. Selon la situation, il peut aussi ordonner diverses mesures en faveur du salarié.

Type de réparationCe qu’elle vise
Cessation du harcèlementOrdonner à l’employeur de faire cesser la conduite et de prendre des mesures de prévention.
RéintégrationRétablir le salarié dans son emploi lorsque le harcèlement a mené à une perte d’emploi.
Indemnité de salaireCompenser le salaire perdu en raison de la situation.
Dommages morauxRéparer l’atteinte à la dignité, à la santé psychologique et à la réputation.
Dommages punitifsSanctionner une conduite particulièrement grave ou intentionnelle, dans les cas prévus.
Soutien psychologiquePrise en charge de mesures de soutien, selon la situation.

Lorsque le harcèlement a entraîné une atteinte à la santé qui constitue une lésion professionnelle, la personne peut aussi, dans certains cas, présenter une réclamation dans le régime des accidents et maladies du travail. Le harcèlement peut ainsi rejoindre le régime de l’accident du travail, avec ses propres prestations et conditions. Les deux voies obéissent à des règles distinctes, et il est prudent de se faire conseiller pour choisir la plus appropriée.

Enfin, lorsque le harcèlement repose sur un motif discriminatoire (origine, sexe, handicap, etc.), un recours devant les instances de protection des droits de la personne peut aussi être envisagé. Pour cadrer votre situation et vos options, notre thème Travail et emploi et notre page Trouver de l’aide vous orientent vers les bonnes ressources.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le harcèlement psychologique au travail au Québec ?+

C’est une conduite vexatoire faite de comportements, paroles, actes ou gestes répétés, hostiles ou non désirés, qui portent atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique du salarié et qui rendent le milieu de travail néfaste. Une seule conduite grave peut suffire si elle produit un effet nocif continu. Le harcèlement sexuel est inclus.

Un seul événement peut-il être du harcèlement psychologique ?+

En principe, le harcèlement suppose une répétition. La loi prévoit toutefois qu’une seule conduite grave peut constituer du harcèlement si elle porte une atteinte à la dignité ou à l’intégrité et produit un effet nocif continu. Tout dépend des faits.

L’employeur est-il obligé d’agir ?+

Oui. Il doit prendre les moyens raisonnables pour prévenir le harcèlement et, dès qu’il en est informé, le faire cesser. Il doit aussi adopter et rendre disponible une politique de prévention et de traitement des plaintes, couvrant les conduites à caractère sexuel.

Un conflit ou une évaluation sévère est-il du harcèlement ?+

Pas en soi. L’exercice normal du droit de gérance (tâches, évaluations, mesures disciplinaires justifiées) n’est pas du harcèlement, tant qu’il n’est pas abusif ou discriminatoire. Un conflit ponctuel ou le stress d’une charge raisonnable ne constitue pas non plus, à lui seul, du harcèlement.

Comment porter plainte ?+

Signalez d’abord la situation selon la politique interne de l’employeur. Vous pouvez aussi déposer une plainte à la CNESST dans le délai prévu par la loi. Un salarié syndiqué passe généralement par le grief prévu à sa convention collective.

Quelles réparations puis-je obtenir ?+

Si la plainte est fondée, le tribunal peut ordonner la cessation du harcèlement, des mesures de prévention, la réintégration, une indemnité de salaire, des dommages moraux et, dans certains cas, des dommages punitifs, en plus de mesures de soutien.

Sources

  1. Loi sur les normes du travail (dispositions sur le harcèlement psychologique et l’obligation de l’employeur).
  2. Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) – harcèlement au travail.
  3. Code civil du Québec (obligations de l’employeur en matière de santé, sécurité et dignité).
  4. Travail et emploi – gouvernement du Québec (quebec.ca).

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 20 juin 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : pour des conseils adaptés, consultez un avocat.

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