Se préparer et recours

Les petites créances au Québec

Un locataire qui garde votre dépôt, un commerçant qui refuse un remboursement, un service jamais rendu : quand la somme en jeu est modeste, les petites créances offrent une voie simple et abordable pour faire valoir vos droits, sans avocat.

À jour le 6 juillet 2026Lecture : 10 minRévisé par notre comité juridique

Aller devant les tribunaux fait peur à beaucoup de gens : on imagine des frais élevés, des délais interminables et un jargon incompréhensible. Pour les litiges de faible valeur, le Québec a pourtant mis en place une solution pensée pour les citoyens ordinaires. La Division des petites créances de la Cour du Québec permet de régler des litiges civils de faible valeur (jusqu’à une limite prévue par la loi), avec une procédure allégée et sans les coûts d’un procès classique. Pour les renseignements officiels à jour, référez-vous au site du ministère de la Justice du Québec.

Cette fiche explique ce que sont les petites créances, ce qu’on peut ou non y régler, pourquoi on s’y représente seul, comment se déroule la procédure, et à quoi s’attendre du jugement. Elle vous aidera à décider si cette voie convient à votre situation et à bien préparer votre dossier.

Qu’est-ce que les petites créances ?

Les petites créances forment une division particulière de la Cour du Québec. Leur mission : rendre la justice civile accessible pour les litiges dont la valeur est modeste. Concrètement, la Division des petites créances permet de régler des litiges civils de faible valeur, jusqu’à une limite prévue par la loi. Cette limite monétaire est fixée par la loi et révisée à l’occasion ; c’est pourquoi il est prudent de vérifier le seuil en vigueur auprès des sources officielles avant de déposer une demande.

Ce qui distingue vraiment cette voie, c’est sa philosophie : la procédure est simplifiée pour que les gens puissent se défendre eux-mêmes, sans avoir à maîtriser des règles complexes. Les formulaires sont normalisés, le langage se veut clair, et le juge joue un rôle actif pour aider les parties à s’exprimer.

Bon à savoir

Si votre réclamation dépasse la limite prévue par la loi, vous pouvez soit vous adresser à un autre tribunal, soit renoncer volontairement à la portion qui excède le seuil pour pouvoir utiliser les petites créances. Ce choix se réfléchit selon les coûts et l’énergie en jeu.

Qui peut utiliser les petites créances ?

Les petites créances s’adressent d’abord aux particuliers, mais aussi, sous certaines conditions, aux petites entreprises comptant un nombre limité d’employés. Une personne peut réclamer une somme qui lui est due ou, à l’inverse, se défendre contre une réclamation. Les organismes et les grandes sociétés font face à des restrictions particulières lorsqu’ils veulent agir comme demandeurs.

Il faut aussi tenir compte des délais de prescription : en droit civil québécois, un recours doit généralement être exercé dans un certain nombre d’années à compter du moment où le droit d’agir prend naissance. Passé ce délai, la réclamation peut être refusée. Mieux vaut donc ne pas trop tarder.

Ce qu’on peut et ne peut pas régler

Les petites créances couvrent une bonne partie des litiges du quotidien, mais pas tout. Elles visent essentiellement les réclamations d’argent découlant de rapports civils. Certaines matières en sont exclues, car elles relèvent d’autres tribunaux ou de procédures spécifiques.

On peut généralement réglerOn ne peut pas régler
Réclamer une somme due (facture impayée, prêt).Les litiges dépassant la limite prévue par la loi.
Un remboursement pour un bien ou un service défectueux.Les affaires de garde d’enfants et de pension alimentaire.
Récupérer un dépôt de garantie retenu injustement.Les demandes de divorce ou de séparation.
Une réclamation pour dommages matériels de faible valeur.Les litiges relevant de tribunaux spécialisés (ex. logement, travail).
Un différend contractuel entre particuliers ou petites entreprises.Les recours collectifs et les affaires criminelles.

Ainsi, un problème de vices cachés lors de l’achat d’un bien peut souvent se plaider aux petites créances, tant que la valeur reste sous la limite. À l’inverse, tout ce qui touche la famille, comme la garde ou les pensions, relève de la Cour supérieure et non des petites créances.

Se représenter seul : pas d’avocat

C’est la caractéristique la plus marquante de cette division. Aux petites créances, la représentation par avocat n’y est généralement pas permise : les parties se représentent seules. Ce choix vise l’équité : personne ne peut « gagner » simplement parce qu’il a les moyens de payer un meilleur plaideur. Le juge, conscient que les parties ne sont pas des juristes, les aide à présenter leur point de vue et pose lui-même des questions pour comprendre les faits.

Cela ne veut pas dire que vous devez tout faire à l’aveugle. Il demeure permis de consulter un avocat en amont pour évaluer vos chances, préparer votre argumentaire et organiser vos preuves. Vous vous présenterez ensuite seul à l’audience. C’est un compromis : conseil possible en coulisses, mais plaidoirie personnelle devant le juge.

À retenir

Se représenter seul ne signifie pas improviser. Une bonne préparation, des pièces bien classées et un récit clair des faits font souvent toute la différence à l’audience.

Les étapes d’une demande

La procédure suit une logique simple : dépôt d’une demande, pièces, séance de médiation souvent offerte, puis audience. Voici comment cela se déroule en pratique.

ÉtapeEn quoi ça consiste
1. Mise en demeureAvant de déposer, on envoie généralement une lettre demandant à l’autre partie de régler la situation dans un délai raisonnable.
2. Dépôt de la demandeOn remplit le formulaire de demande auprès du greffe de la Cour du Québec et on paie les frais applicables.
3. Pièces justificativesOn joint les documents utiles : contrats, factures, photos, courriels, témoignages écrits.
4. Réponse de l’autre partieLa partie visée reçoit la demande et peut y répondre, la contester ou présenter sa propre réclamation.
5. Médiation (souvent offerte)Une séance de médiation gratuite et volontaire est fréquemment proposée pour tenter une entente.
6. AudienceSi aucun accord n’intervient, les parties se présentent devant le juge, qui entend chacune et examine les preuves.
7. JugementLe juge rend sa décision, généralement sans appel. Le jugement fixe qui doit quoi à qui.

La médiation avant l’audience

Avant d’en arriver au procès, une séance de médiation est souvent offerte. C’est un moment précieux : un médiateur neutre aide les deux parties à discuter et à chercher une solution acceptable pour tout le monde. La médiation est gratuite, confidentielle et volontaire ; personne n’est forcé de s’entendre. Mais lorsqu’elle réussit, elle évite l’incertitude d’un jugement et permet souvent de préserver une relation d’affaires ou de voisinage.

Si vous voulez comprendre plus largement les modes de règlement à l’amiable, notre thème Justice, tribunaux et recours aborde la médiation civile et les autres options.

Le jugement et son exécution

À l’issue de l’audience, le juge rend son jugement, généralement sans appel. Cette finalité a un revers : comme il n’y a habituellement pas de recours devant une instance supérieure, il faut mettre toutes les chances de son côté dès la première fois. Un dossier bien monté vaut mieux qu’un long discours.

Obtenir un jugement favorable ne garantit pas encore d’être payé. Si la partie condamnée ne s’exécute pas volontairement, il faut entreprendre des démarches d’exécution, par exemple une saisie effectuée par un huissier. C’est une étape distincte, qu’il vaut mieux anticiper avant même de déposer sa demande : poursuivre quelqu’un d’insolvable rapporte rarement.

Avant de vous lancer

Posez-vous trois questions : la somme est-elle sous la limite prévue par la loi ? Ai-je des preuves solides ? La personne visée a-t-elle les moyens de payer si je gagne ? Ces réponses vous aideront à décider si le jeu en vaut la chandelle.

Bien préparer son dossier

Puisque vous vous représentez seul, la qualité de votre préparation pèse lourd dans la balance. La première règle est de rassembler la preuve dès le départ. Contrats, factures, reçus, photos, courriels, messages texte, garanties : tout document qui appuie votre version vaut de l’or. Classez ces pièces dans un ordre logique, idéalement chronologique, pour pouvoir les retrouver rapidement à l’audience.

La deuxième règle est de construire un récit clair. Le juge entend de nombreuses causes ; plus votre exposé est net et concis, mieux il comprendra. Résumez les faits en quelques points : ce qui a été convenu, ce qui a mal tourné, ce que vous réclamez et pourquoi. Évitez les digressions et les reproches personnels : concentrez-vous sur les faits vérifiables et les montants.

Si des témoins peuvent confirmer votre version, prévenez-les à l’avance et vérifiez s’ils peuvent se présenter ou fournir une déclaration écrite. Enfin, chiffrez précisément votre réclamation : le montant demandé doit correspondre à un préjudice réel et démontrable. Une somme gonflée sans justification affaiblit votre crédibilité.

Astuce

Préparez une copie de chaque pièce pour vous, une pour l’autre partie et une pour le juge. Numéroter vos documents et y faire référence par leur numéro pendant l’audience facilite grandement les échanges.

Les coûts et les délais

L’un des grands avantages des petites créances est leur coût réduit par rapport à un procès civil ordinaire. Il faut néanmoins prévoir certains frais : des droits de dépôt de la demande, qui varient selon la nature du demandeur, et parfois des frais liés à la signification des documents ou à l’exécution du jugement. Ces montants étant susceptibles de changer, vérifiez toujours les tarifs en vigueur auprès du greffe ou des sources officielles avant de déposer.

Côté délais, il faut faire preuve de patience. Entre le dépôt de la demande et l’audience, plusieurs mois peuvent s’écouler, le temps que l’autre partie réponde, qu’une médiation soit tentée et qu’une date soit fixée. La médiation, lorsqu’elle réussit, raccourcit souvent ce parcours. À l’inverse, si la partie condamnée ne paie pas volontairement, l’exécution du jugement ajoute une étape et des délais supplémentaires.

Ce calcul coût-délais-résultat mérite réflexion avant de se lancer. Pour un petit montant, l’énergie et le temps investis peuvent parfois dépasser le gain espéré. C’est pourquoi une entente à l’amiable ou une médiation, même imparfaite, reste souvent préférable à une longue bataille pour une somme modeste.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la Division des petites créances ?+

La Division des petites créances de la Cour du Québec permet de régler des litiges civils de faible valeur, jusqu’à une limite prévue par la loi. La procédure est simplifiée pour que les citoyens puissent s’y représenter seuls.

Peut-on être représenté par un avocat aux petites créances ?+

La représentation par avocat n’y est généralement pas permise : les parties se représentent seules. Un avocat peut toutefois vous conseiller en amont pour préparer votre dossier.

Quel montant peut-on réclamer aux petites créances ?+

On peut réclamer une somme jusqu’à une limite monétaire fixée par la loi. Au-delà de cette limite, il faut s’adresser à un autre tribunal ou renoncer à la portion qui dépasse le seuil.

Le jugement des petites créances est-il définitif ?+

Oui. Le jugement est généralement sans appel. Il faut donc bien préparer sa cause, car il n’y a habituellement pas de seconde chance devant une instance supérieure.

Y a-t-il de la médiation aux petites créances ?+

Oui. Une séance de médiation est souvent offerte avant l’audience. Elle est gratuite et volontaire : elle permet de tenter une entente avec l’aide d’un médiateur, ce qui évite parfois le procès.

Comment déposer une demande aux petites créances ?+

On dépose une demande auprès du greffe de la Cour du Québec, en y joignant les pièces justificatives (contrats, factures, photos, échanges). Une médiation peut être proposée, puis une audience est fixée si aucune entente n’intervient.

Sources

  1. Ministère de la Justice du Québec (justice.gouv.qc.ca) – Division des petites créances.
  2. Code de procédure civile (Québec) – petites créances, limite monétaire et procédure.
  3. Cour du Québec – Division des petites créances.

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 6 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Les limites monétaires, les frais et les délais peuvent changer : vérifiez toujours l’information officielle. Pour des conseils adaptés, consultez un avocat.

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