Consommation

La publicité trompeuse au Québec

Un prix « avant » gonflé pour exagérer un rabais, une caractéristique inexistante vantée à l’écran, des frais obligatoires cachés jusqu’à la caisse : la publicité trompeuse prend mille visages. Au Québec, la Loi sur la protection du consommateur l’interdit fermement et donne au consommateur de véritables recours. Voici comment reconnaître une représentation trompeuse et comment réagir.

À jour le 15 juin 2026Lecture : 8 minRévisé par notre comité juridique

La publicité est partout, et la frontière entre un argument de vente légitime et une représentation trompeuse n’est pas toujours évidente. Le droit québécois a tranché : le consommateur a droit à une information honnête avant de décider. Les pratiques de commerce interdites sont encadrées par la Loi sur la protection du consommateur (LPC), dont l’application est surveillée par l’Office de la protection du consommateur du Québec. Cette fiche explique ce qu’est une publicité trompeuse, comment la loi l’évalue, quelles pratiques précises sont interdites et quels recours s’offrent à vous.

Qu’est-ce qu’une publicité trompeuse ?

La publicité trompeuse est une forme de fausse représentation faite par un commerçant. Il s’agit d’une affirmation, écrite ou verbale, qui donne au consommateur une impression fausse ou susceptible de l’induire en erreur sur un élément important d’une transaction. La représentation peut porter sur :

  • le prix d’un bien ou d’un service, ou l’ampleur d’un rabais ;
  • les caractéristiques, la performance ou la composition d’un produit ;
  • l’origine, la marque ou l’homologation d’un bien ;
  • les avantages ou garanties associés à un achat.

Ce qui compte, ce n’est pas seulement ce qui est dit explicitement, mais aussi ce qui est suggéré. Une publicité peut être exacte mot à mot et rester trompeuse par l’impression d’ensemble qu’elle laisse.

Bon à savoir

La protection ne se limite pas à la publicité au sens strict. Elle vise toute représentation faite au consommateur à propos d’un bien ou d’un service, y compris les propos d’un vendeur, les affiches en magasin et les descriptions en ligne.

Le critère : l’impression générale

Pour déterminer si une représentation est trompeuse, les tribunaux appliquent un test bien établi, largement confirmé par la jurisprudence. On analyse :

  • l’impression générale que la publicité donne, et non seulement les mots pris isolément ;
  • le sens littéral des termes employés.

Le point de référence est celui du consommateur moyen, décrit dans la jurisprudence comme crédule et inexpérimenté, qui accorde une attention ordinaire à ce qui lui est présenté. Autrement dit, on ne juge pas selon le lecteur méfiant et averti, mais selon une personne raisonnablement confiante. Point crucial : il n’est pas nécessaire de prouver l’intention de tromper. C’est l’effet objectif de la représentation qui est sanctionné, non l’état d’esprit du commerçant.

À retenir

La bonne foi du commerçant n’est pas un moyen de défense. Si l’impression générale est fausse ou trompeuse pour le consommateur moyen, la pratique est interdite, même sans volonté de nuire.

Les pratiques interdites

La LPC énumère de nombreuses pratiques de commerce interdites. Sans être exhaustive, la liste suivante illustre les plus courantes :

Pratique interditeExemple concret
Fausse représentation sur le prixAnnoncer un prix qui n’inclut pas des frais obligatoires exigés à la caisse
Rabais exagéréGonfler un prix « régulier » de référence pour faire paraître le rabais plus important
Fausse caractéristiqueAttribuer à un produit une propriété, une performance ou une certification qu’il n’a pas
Publicité appâtAttirer le client avec une aubaine puis prétendre qu’elle est épuisée pour vendre autre chose
Fausse indication d’urgencePrétendre faussement que l’offre est limitée dans le temps ou en quantité
Omission d’un fait importantPasser sous silence une restriction déterminante pour la décision d’achat

La règle du prix tout inclus mérite une attention particulière : le prix annoncé doit correspondre au montant total que le consommateur devra débourser, sauf certaines taxes prévues par la loi. Gonfler un prix de référence ou dissimuler des frais est donc doublement problématique. Ces pratiques s’accompagnent souvent de contrats conclus à distance : voir à ce sujet la fiche Les contrats à distance.

Prix, rabais et fausses aubaines

Les litiges relatifs aux prix sont parmi les plus fréquents. Trois situations reviennent constamment :

  • Le prix annoncé n’est pas le prix payé : des frais surgissent à l’étape du paiement. La loi exige que le prix affiché reflète le total réel.
  • Le faux prix régulier : un commerçant affiche un rabais de 50 % à partir d’un prix « régulier » que personne n’a jamais payé. Le rabais est illusoire.
  • La fausse rareté : « Plus que 2 en stock ! » ou « Offre valide aujourd’hui seulement » alors que ce n’est pas vrai. C’est une représentation trompeuse.

Ces pratiques cherchent à créer un sentiment d’urgence ou de bonne affaire qui pousse à l’achat impulsif. La protection légale existe justement pour contrer ce déséquilibre d’information.

Le recours devant l’Office de la protection du consommateur

Face à une publicité trompeuse, le premier réflexe peut être de signaler la pratique à l’Office de la protection du consommateur. L’Office joue un rôle de surveillance et d’application de la loi :

  • il reçoit les plaintes et signalements des consommateurs ;
  • il peut enquêter sur les pratiques d’un commerçant ;
  • il peut prendre des mesures pouvant aller jusqu’à des poursuites pénales contre le commerçant fautif.

Le signalement ne vous indemnise pas directement, mais il contribue à faire cesser la pratique et à protéger l’ensemble des consommateurs. C’est une démarche complémentaire aux recours civils personnels décrits plus bas.

Les recours civils du consommateur

Sur le plan civil, la LPC offre au consommateur trompé plusieurs options, qu’il peut faire valoir devant les tribunaux, notamment à la Cour des petites créances pour les montants admissibles. Selon les circonstances, vous pouvez demander :

  • l’annulation du contrat conclu à la suite de la représentation trompeuse ;
  • la réduction de votre obligation (par exemple, une baisse du prix) ;
  • des dommages-intérêts pour le préjudice subi ;
  • des dommages punitifs, que la loi permet d’accorder pour sanctionner les pratiques interdites, indépendamment du préjudice réel.

Un avantage important de la loi : lorsqu’une pratique interdite a été utilisée, le consommateur bénéficie souvent d’une présomption qui allège son fardeau de preuve, notamment quant au fait qu’il n’aurait pas contracté s’il avait connu la vérité. Pour une vue d’ensemble de vos droits, consultez le thème Consommation et la fiche La garantie légale.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une publicité trompeuse au Québec ?+

C’est une représentation faite par un commerçant qui donne au consommateur une impression générale fausse ou susceptible de l’induire en erreur, que ce soit sur le prix, les caractéristiques d’un bien, un rabais ou tout autre élément important. La Loi sur la protection du consommateur interdit ces pratiques.

Comment la loi évalue-t-elle si une publicité est trompeuse ?+

On tient compte de l’impression générale que la publicité donne et du sens littéral des mots employés. Le point de vue retenu est celui du consommateur moyen, crédule et inexpérimenté. Il n’est pas nécessaire de prouver l’intention de tromper : l’effet trompeur suffit.

Un prix annoncé plus bas que le prix réel est-il interdit ?+

Oui. Annoncer un prix qui ne correspond pas au prix total réellement exigé, gonfler un prix de référence pour exagérer un rabais ou omettre des frais obligatoires sont des pratiques interdites. Le commerçant doit indiquer clairement le prix que le consommateur devra payer.

Quels recours ai-je contre une publicité trompeuse ?+

Vous pouvez signaler la pratique à l’Office de la protection du consommateur, qui peut enquêter et sévir. Sur le plan civil, vous pouvez demander l’annulation du contrat, une réduction de votre obligation, des dommages-intérêts et, dans certains cas, des dommages punitifs.

Dois-je prouver que le commerçant voulait me tromper ?+

Non. La Loi sur la protection du consommateur sanctionne l’effet trompeur d’une représentation, indépendamment de la bonne ou mauvaise foi du commerçant. Il suffit que la représentation soit fausse ou de nature à induire en erreur le consommateur moyen.

Sources

  1. Loi sur la protection du consommateur (RLRQ, c. P-40.1) – pratiques de commerce interdites et recours.
  2. Richard c. Time Inc., 2012 CSC 8 – critère de l’impression générale et du consommateur moyen crédule.
  3. Office de la protection du consommateur du Québec (opc.gouv.qc.ca).
  4. Code civil du Québec – règles générales sur les vices du consentement.

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 15 juin 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : pour des conseils adaptés, consultez un avocat ou un notaire.

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