Séparation et divorce

Violence conjugale et séparation : vos droits et ressources

Se séparer dans un contexte de violence conjugale demande à la fois du courage et de la prudence. Il existe au Québec des protections légales, des ressources d’aide gratuites et confidentielles, et un accompagnement pour chaque étape. Vous n’êtes pas seul, et votre sécurité vient toujours en premier.

À jour le 6 juillet 2026Lecture : 13 minRévisé par notre comité juridique
La sécurité d’abord

En cas de danger immédiat : composez le 911. Pour parler à une intervenante en tout temps, la ligne SOS violence conjugale répond au 1 800 363-9010, 24 h/24, 7 j/7, gratuitement et de façon confidentielle. Des maisons d’hébergement sont disponibles partout au Québec pour vous accueillir, vous et vos enfants, en sécurité.

La violence conjugale ne se limite pas aux coups. Elle peut être physique, mais aussi psychologique, verbale, sexuelle, économique ou prendre la forme d’un contrôle constant. Quelle qu’en soit la forme, elle est prise au sérieux par la loi. Si vous vivez une telle situation et que vous envisagez de vous séparer, sachez qu’il existe des mesures conçues précisément pour vous protéger. Pour un portrait officiel des services offerts, vous pouvez consulter la page du gouvernement du Québec sur la violence conjugale.

Cette fiche présente vos droits et les ressources disponibles au moment de la séparation : les protections légales au civil comme au criminel, l’effet de la violence sur la garde des enfants, la place de la médiation, ainsi que l’aide juridique et financière. L’objectif est de vous donner une information claire, sans dramatiser, pour vous aider à prendre des décisions éclairées à votre rythme.

Bon à savoir

Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse. Les intervenantes des lignes d’écoute et des maisons d’hébergement sont là pour vous soutenir sans jugement, que vous soyez prêt à partir ou simplement en train de réfléchir à vos options.

Ressources d’urgence et de soutien

Avant même toute démarche juridique, la première chose à connaître, ce sont les ressources vers lesquelles se tourner. Elles sont gratuites, confidentielles et accessibles, souvent en tout temps. Vous n’avez pas besoin d’avoir porté plainte ni d’avoir un dossier ouvert pour les contacter.

RessourceCe qu’elle offreComment la joindre
Urgence (police, ambulance)Intervention immédiate en cas de danger pour votre sécurité ou celle de vos enfants.911, en tout temps.
SOS violence conjugaleÉcoute, évaluation de la situation, référence vers l’hébergement et le soutien, plan de sécurité.1 800 363-9010, 24 h/24, 7 j/7, gratuit et confidentiel.
Maisons d’hébergementAccueil sécuritaire et temporaire pour vous et vos enfants, accompagnement, ressources.Par l’entremise de SOS violence conjugale ou directement.
CAVACAccompagnement gratuit des victimes d’actes criminels, information, soutien dans les démarches.Centres présents dans chaque région.
Aide juridiqueServices juridiques gratuits ou à faible coût selon l’admissibilité financière.Bureaux d’aide juridique de votre région.

Ces ressources peuvent travailler ensemble. Une intervenante de SOS violence conjugale peut, par exemple, vous aider à trouver une place en maison d’hébergement, vous informer de vos droits et vous diriger vers un CAVAC ou l’aide juridique. Vous restez maître de vos décisions à chaque étape.

À retenir

Vous pouvez appeler une ligne d’aide simplement pour poser des questions, sans vous engager à quoi que ce soit. Aucune démarche n’est déclenchée sans votre accord.

Les protections légales : au civil et au criminel

La loi prévoit plusieurs outils pour protéger une personne qui craint pour sa sécurité. Ils se répartissent en deux grandes catégories : les mesures civiles et les mesures criminelles. Elles peuvent parfois coexister.

Au civil, l’ordonnance de protection permet à un tribunal d’imposer des interdictions à la personne visée : ne pas s’approcher, ne pas communiquer, rester à une certaine distance. Elle vise à faire cesser un contexte de violence, de menaces ou de harcèlement, sans nécessairement passer par une accusation criminelle.

Au criminel, deux mécanismes reviennent souvent. Le premier est l’engagement de ne pas troubler l’ordre public, prévu à l’article 810 du Code criminel : la personne visée s’engage devant la cour à respecter des conditions (ne pas communiquer, ne pas s’approcher, remettre ses armes, etc.). Le second concerne les conditions imposées à une personne accusée ou remise en liberté : lorsqu’une personne est accusée d’un acte criminel, le tribunal peut assortir sa remise en liberté de conditions strictes visant à protéger la victime.

Type de protectionNatureCe qu’elle peut prévoir
Ordonnance de protectionCivileInterdiction de s’approcher ou de communiquer, distance à respecter, protection contre le harcèlement et les menaces.
Engagement de ne pas troubler l’ordre public (art. 810)CriminelleConditions à respecter pour une période déterminée, même sans accusation formelle, lorsqu’il existe une crainte raisonnable.
Conditions à une personne accusée ou remise en libertéCriminelleInterdiction de contact, éloignement du domicile, remise d’armes, autres conditions fixées par le tribunal.

Chaque situation est différente, et il n’est pas toujours facile de savoir quelle mesure convient le mieux. Un avocat, l’aide juridique, un CAVAC ou une intervenante peuvent vous expliquer les options et vous accompagner dans la démarche. Il n’est pas nécessaire de tout comprendre seul.

Conseil

Si une ordonnance ou des conditions sont en vigueur et qu’elles ne sont pas respectées, contactez la police. Le non-respect d’une condition peut avoir des conséquences pour la personne visée.

Effet sur la garde et les droits d’accès

Quand des enfants sont concernés, la violence conjugale joue un rôle important dans les décisions du tribunal. Le principe qui guide toute décision sur la garde et le temps parental est l’intérêt de l’enfant. Or, la loi prévoit que le tribunal doit tenir compte de la violence familiale dans cette appréciation.

Concrètement, cela signifie que la violence n’est pas un simple détail : elle peut influencer la façon dont la garde est organisée. Selon les circonstances, le tribunal peut ordonner des droits d’accès supervisés, c’est-à-dire des visites qui se déroulent en présence d’un tiers ou dans un lieu encadré. Il peut aussi prévoir des modalités pour que les échanges d’enfants se fassent en sécurité, sans contact direct entre les parents.

Il est donc essentiel de parler de la situation de violence à votre avocat ou à l’intervenant qui vous accompagne. Ces informations aident le tribunal à prendre des décisions qui protègent l’enfant et le parent. Pour comprendre plus largement comment la garde s’organise, consultez notre fiche sur la garde partagée.

À retenir

Être victime de violence conjugale ne vous fait pas « perdre » vos enfants. Au contraire, le tribunal cherche à assurer leur sécurité et la vôtre. Ne pas parler de la violence, par crainte ou par gêne, prive au contraire le tribunal d’informations importantes.

La médiation familiale en contexte de violence

La médiation familiale est une voie utile pour régler à l’amiable les questions de séparation. Elle repose toutefois sur une condition importante : un certain équilibre entre les deux personnes, pour que chacune puisse s’exprimer librement et négocier sur un pied d’égalité.

Or, la violence conjugale crée précisément un déséquilibre. Une personne qui a subi de la violence peut difficilement négocier librement face à celle qui l’a exercée. C’est pourquoi la médiation familiale n’est généralement pas recommandée en contexte de violence sans mesures de protection adéquates.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de solution. Il est important d’informer le médiateur ou l’avocat de la situation, afin que d’autres voies, mieux encadrées et plus sécuritaires, soient envisagées pour régler la séparation, la garde ou les questions financières. La transparence sur la violence protège vos intérêts.

Conseil

Si l’on vous propose la médiation et que vous ne vous sentez pas en sécurité, dites-le. Vous avez le droit de refuser une médiation qui vous mettrait en position de faiblesse.

Aide juridique et soutien financier

Se séparer a un coût, et la crainte des frais ne devrait jamais vous empêcher de vous protéger. Plusieurs formes d’aide existent précisément pour cette raison.

  • L’aide juridique. Elle offre des services juridiques gratuits ou à faible coût aux personnes admissibles selon leur revenu. Un avocat de l’aide juridique peut vous représenter dans les démarches de séparation, de garde et de protection.
  • L’IVAC (indemnisation des victimes d’actes criminels). Ce régime peut offrir un soutien aux victimes de certains actes criminels, notamment sous forme d’aide et de services. Une intervenante ou un CAVAC peut vous informer sur l’admissibilité et la marche à suivre.
  • Les CAVAC (centres d’aide aux victimes d’actes criminels). Ils offrent un accompagnement gratuit et confidentiel : information sur vos droits, soutien psychologique de base, aide dans les démarches, orientation vers d’autres ressources. Il n’est pas nécessaire d’avoir porté plainte pour y avoir accès.

Ces ressources se complètent. Vous pouvez, par exemple, être accompagné par un CAVAC tout en étant représenté par un avocat de l’aide juridique. Pour explorer l’ensemble des services disponibles, consultez notre page Trouver de l’aide.

Bon à savoir

Même si vous n’êtes pas certain d’être admissible à l’aide juridique, il vaut la peine de vérifier : les seuils tiennent compte de plusieurs facteurs, et certaines situations ouvrent des services élargis.

Conseils pratiques pour se préparer

Quitter une relation violente est un moment délicat, qui se prépare avec prudence. Voici quelques conseils généraux, à adapter à votre situation et, idéalement, à discuter avec une intervenante ou un professionnel.

  • Préparer un départ sécuritaire. Si vous envisagez de partir, il peut être utile de repérer un endroit sûr à l’avance et de bâtir un plan de sécurité avec l’aide d’une intervenante. Choisir le bon moment est important.
  • Conserver des preuves. Notez les événements (dates, faits), gardez les messages ou documents pertinents, en lieu sûr. Ces éléments peuvent être utiles pour les démarches ultérieures. Faites-le prudemment, sans vous mettre en danger.
  • Rassembler des documents importants. Pièces d’identité, papiers des enfants, documents financiers, cartes utiles : les avoir sous la main facilite les démarches et un éventuel départ.
  • Informer une personne de confiance. Une amie, un membre de la famille ou une intervenante qui connaît votre situation peut vous soutenir et alerter les secours au besoin.

Une fois en sécurité, vous pourrez entamer les premières démarches de séparation. Notre fiche sur les premières démarches de séparation présente les grandes étapes, et notre page sur le thème séparation et divorce regroupe l’ensemble des ressources.

Rappel important

Si votre sécurité est menacée à tout moment, n’attendez pas : composez le 911. Pour du soutien, SOS violence conjugale reste joignable au 1 800 363-9010, en tout temps.

Questions fréquentes

Que faire en cas de danger immédiat ?+

En cas de danger immédiat, composez le 911. C’est la priorité absolue. Vous pouvez aussi joindre en tout temps la ligne SOS violence conjugale au 1 800 363-9010, gratuite et confidentielle, ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Des intervenantes peuvent vous écouter, évaluer votre situation et vous orienter vers une maison d’hébergement ou d’autres ressources. Votre sécurité passe avant toute démarche juridique.

Qu’est-ce qu’une ordonnance de protection au civil ?+

L’ordonnance de protection est une mesure civile rendue par un tribunal pour protéger une personne qui craint pour sa sécurité. Elle peut imposer à la personne visée de ne pas s’approcher, de ne pas communiquer ou de rester à distance. Elle vise à mettre fin à un contexte de violence, de harcèlement ou de menaces. Un avocat ou l’aide juridique peut vous aider à présenter une telle demande.

C’est quoi l’engagement de ne pas troubler l’ordre public (article 810) ?+

L’engagement de ne pas troubler l’ordre public, prévu à l’article 810 du Code criminel, est une ordonnance de la cour criminelle. La personne visée s’engage, souvent pour une période déterminée, à respecter certaines conditions comme ne pas communiquer avec vous ou ne pas s’approcher de vous. Il peut être demandé même sans accusation criminelle formelle lorsqu’il existe une crainte raisonnable pour la sécurité.

La violence conjugale influence-t-elle la garde des enfants ?+

Oui. Le tribunal doit tenir compte de la violence familiale dans l’appréciation de l’intérêt de l’enfant, qui est le critère central de toute décision sur la garde et le temps parental. Selon les circonstances, le tribunal peut ordonner des droits d’accès supervisés, encadrer les échanges d’enfants ou prévoir d’autres mesures de protection. La sécurité de l’enfant et du parent est prise au sérieux.

La médiation familiale est-elle possible en contexte de violence ?+

La médiation familiale n’est généralement pas recommandée en contexte de violence conjugale sans mesures de protection adéquates. La médiation suppose un rapport de force équilibré entre les parties, ce qui est rarement le cas lorsqu’il y a eu de la violence. Il est important d’en informer le médiateur ou l’avocat. D’autres voies, mieux encadrées, existent pour régler les questions de séparation en toute sécurité.

Quelles ressources financières existent pour les victimes ?+

Plusieurs ressources peuvent aider. L’aide juridique offre des services gratuits ou à faible coût aux personnes admissibles selon leur revenu. L’IVAC (indemnisation des victimes d’actes criminels) peut offrir un soutien aux victimes de certains actes criminels. Les CAVAC (centres d’aide aux victimes d’actes criminels) offrent un accompagnement gratuit et confidentiel tout au long des démarches, sans qu’une plainte ait forcément été déposée.

Dois-je quitter le domicile ou puis-je y rester ?+

Il n’y a pas de réponse unique : cela dépend de votre sécurité et de votre situation. Certaines personnes choisissent de partir vers une maison d’hébergement, d’autres obtiennent des mesures pour rester au domicile pendant que la personne violente doit s’éloigner. Un intervenant ou un avocat peut vous aider à évaluer l’option la plus sûre. La priorité reste toujours votre sécurité et celle de vos enfants.

Comment préparer un départ en toute sécurité ?+

Un départ se prépare avec prudence. Il peut être utile de repérer à l’avance un endroit sûr, de rassembler discrètement des documents importants (pièces d’identité, papiers des enfants, documents financiers), de prévoir de quoi joindre de l’aide et d’informer une personne de confiance. Les intervenantes de SOS violence conjugale et des maisons d’hébergement peuvent vous aider à bâtir un plan de sécurité adapté à votre situation.

Sources

  1. Violence conjugale – services et ressources, gouvernement du Québec (Québec.ca).
  2. Code criminel (L.R.C. 1985, ch. C-46), notamment l’article 810 (engagement de ne pas troubler l’ordre public).
  3. Loi sur le divorce (L.R.C. 1985, ch. 3) et Code civil du Québec – prise en compte de la violence familiale dans l’intérêt de l’enfant.
  4. SOS violence conjugale, CAVAC et IVAC – ressources d’aide et d’indemnisation aux victimes.

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 6 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : en cas de danger, composez le 911. Pour des conseils adaptés, consultez un avocat, l’aide juridique ou une ressource d’aide aux victimes.

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