Logement et habitation

L'augmentation de loyer au Québec

Chaque année, de nombreux locataires reçoivent un avis d’augmentation de loyer et croient devoir choisir entre payer plus ou déménager. Ce n’est pas ainsi que fonctionne le droit québécois. Le locateur ne peut que proposer une hausse, par écrit ; le locataire peut la refuser tout en restant chez lui. Voici comment s’y retrouver.

À jour le 7 juillet 2026Lecture : 9 minRévisé par notre comité juridique

L’augmentation de loyer est l’une des sources de tension les plus fréquentes entre locateurs et locataires au Québec. Beaucoup de locataires ignorent qu’ils disposent de droits solides face à un avis de hausse. Le locateur ne peut pas imposer unilatéralement le nouveau loyer : il doit le proposer, dans les formes et les délais prévus. Pour connaître les règles officielles et les délais applicables, le Tribunal administratif du logement est la référence à consulter. Cette fiche explique l’avis de modification du bail, les délais, les réactions possibles du locataire, le droit de refuser sans quitter le logement, ainsi que le rôle du tribunal et les critères de fixation du loyer.

L’avis de modification du bail

Au Québec, un loyer n’augmente pas automatiquement. Pour hausser le loyer, le locateur doit transmettre au locataire un avis de modification des conditions du bail. Cet avis doit être donné par écrit et indiquer le nouveau loyer proposé, ainsi que la date à laquelle la modification prendrait effet. Lorsque l’augmentation s’accompagne d’autres changements aux conditions du bail (par exemple sur la durée), l’avis doit également le préciser.

Il s’agit bien d’une proposition, et non d’une décision imposée. Tant que le locataire n’a pas accepté la hausse ou qu’un tribunal ne l’a pas fixée, l’ancien loyer continue de s’appliquer. Cette logique découle du principe fondamental du droit locatif québécois : le maintien du locataire dans les lieux. Le bail se renouvelle généralement de plein droit, et c’est dans ce cadre que se négocient les modifications.

Bon à savoir

Un avis d’augmentation verbal ou par simple message n’a pas la même valeur qu’un avis écrit conforme. En cas de doute sur la forme de l’avis reçu, il est prudent de vérifier auprès du Tribunal administratif du logement avant d’agir.

Les délais à respecter

La loi encadre strictement le moment où l’avis peut être donné. Le locateur doit transmettre son avis d’augmentation à l’intérieur d’une période précise avant la fin du bail. Ces délais, exprimés en mois, varient selon la durée du bail : un bail d’une durée déterminée relativement longue n’obéit pas au même calendrier qu’un bail plus court ou qu’un bail à durée indéterminée.

De son côté, le locataire dispose lui aussi d’un délai, à compter de la réception de l’avis, pour faire connaître sa réponse au locateur. Comme ces délais conditionnent la validité de la démarche, il est essentiel de les vérifier au cas par cas. Les échéances exactes sont publiées et tenues à jour par le Tribunal administratif du logement, qui met aussi à disposition des outils pour aider chacun à situer sa situation. Pour une vue d’ensemble des règles applicables, consultez notre fiche sur les droits et obligations du locataire.

Que peut faire le locataire ?

À la réception d’un avis d’augmentation, le locataire dispose de plusieurs options. Il est important de comprendre que le silence n’est pas neutre : ne rien faire équivaut généralement à accepter. Voici les principales réactions possibles.

Réaction du locataireEffet
Accepter l’augmentationLe bail se renouvelle au nouveau loyer
Ne pas répondre dans le délaiGénéralement réputé avoir accepté la hausse
Refuser et demeurer dans le logementLe locataire reste ; c’est au locateur de saisir le tribunal
Refuser et quitter le logementLe locataire donne un avis de non-renouvellement et déménage

Le point le plus important, et le plus méconnu, est le troisième : refuser la hausse ne veut pas dire perdre son logement. C’est ce mécanisme qui protège concrètement les locataires contre les augmentations qu’ils estiment excessives.

Refuser sans quitter le logement

Le locataire qui juge l’augmentation trop élevée peut la refuser tout en conservant son logement. Pour cela, il informe le locateur de son refus par écrit, dans le délai prévu à compter de la réception de l’avis. Ce refus déclenche une conséquence importante : ce n’est pas au locataire de partir, mais au locateur de décider s’il persiste dans sa demande.

Si le locateur souhaite malgré tout obtenir l’augmentation, c’est à lui qu’il revient de s’adresser au Tribunal administratif du logement pour faire fixer le loyer. Tant que le tribunal ne s’est pas prononcé, le locataire demeure dans les lieux et continue de payer l’ancien loyer. En pratique, beaucoup de désaccords se règlent par une entente directe avant même une audience, chaque partie ayant intérêt à trouver un compromis raisonnable.

À retenir

Refuser une augmentation n’est pas un motif de résiliation du bail. Le locataire qui refuse par écrit, dans les délais, garde son logement. Le fardeau de saisir le tribunal repose alors sur le locateur.

Le rôle du Tribunal administratif du logement

Le Tribunal administratif du logement (TAL) est l’organisme spécialisé qui tranche les litiges entre locateurs et locataires au Québec, y compris ceux qui portent sur le loyer. Lorsqu’il est saisi d’une demande de fixation, il n’entérine pas simplement le chiffre proposé par le locateur : il détermine lui-même le loyer en appliquant des règles et des critères objectifs.

La procédure suppose généralement le dépôt d’une demande, l’échange de documents et une audience où chaque partie peut présenter sa preuve. Le tribunal rend ensuite une décision qui fixe le loyer applicable. Ce mécanisme vise l’équilibre : il permet au locateur de faire reconnaître des hausses justifiées, tout en protégeant le locataire contre des augmentations qui ne reposeraient sur aucun fondement. La reprise du logement par le propriétaire obéit, quant à elle, à des règles distinctes, décrites dans la fiche La reprise de logement.

Les critères de fixation du loyer

Pour fixer le loyer, le Tribunal administratif du logement s’appuie sur des facteurs économiques liés à l’immeuble et au logement. L’idée est de mesurer l’évolution réelle des coûts et de la valeur, et non d’appliquer une hausse arbitraire. Parmi les éléments habituellement pris en compte figurent :

Critère considéréExemples
TaxesVariation des taxes municipales et scolaires
AssurancesÉvolution des primes d’assurance de l’immeuble
Énergie et servicesCoûts de chauffage, d’électricité et de services fournis
Entretien et gestionDépenses courantes d’entretien et de réparation
Travaux majeursRénovations et améliorations importantes de l’immeuble

Chaque situation est évaluée à partir des pièces justificatives fournies (factures, comptes de taxes, preuves de travaux). Aucun pourcentage n’est présenté ici, car le résultat dépend des données propres à chaque immeuble et des paramètres publiés chaque année. Le locataire comme le locateur ont donc intérêt à conserver leurs documents et à s’informer des règles en vigueur avant l’audience.

Les logements exclus de la fixation

Le mécanisme de fixation ne s’applique pas à tous les logements. Certains immeubles sont soustraits à ces règles pendant une période suivant leur construction, ou en raison de leur nature particulière. Pour ces logements, la loi exige qu’une mention spécifique figure au bail afin d’informer le locataire que le recours en fixation ne lui est pas ouvert de la même manière.

Il est donc important de lire attentivement son bail et de vérifier si une telle clause s’y trouve. En cas de doute sur le régime applicable à votre logement, adressez-vous au Tribunal administratif du logement ou à un organisme d’aide aux locataires. Les questions de logement croisent parfois d’autres réalités familiales : la fiche Le bail et la séparation aborde le sort du bail lorsqu’un couple se sépare, et notre section trouver de l’aide oriente vers les ressources appropriées.

Questions fréquentes

Le locateur peut-il augmenter le loyer comme il le veut ?+

Non. Le locateur peut proposer une augmentation, mais il doit la communiquer au locataire par un avis écrit et respecter les délais prévus par la loi. Le locataire n’est pas obligé de l’accepter : il peut la refuser tout en demeurant dans le logement.

Puis-je refuser l’augmentation et rester dans mon logement ?+

Oui. Au Québec, refuser une augmentation ne signifie pas quitter le logement. Le locataire qui refuse conserve son droit au maintien dans les lieux. Si le locateur souhaite tout de même l’augmentation, c’est à lui de s’adresser au Tribunal administratif du logement pour faire fixer le loyer.

Que se passe-t-il si je ne réponds pas à l’avis d’augmentation ?+

Si le locataire ne répond pas à l’avis dans le délai prévu, il est généralement réputé avoir accepté la modification, et le bail se renouvelle aux nouvelles conditions. Il est donc important de répondre par écrit dans les délais.

Comment le Tribunal administratif du logement fixe-t-il le loyer ?+

En cas de désaccord, le Tribunal administratif du logement (TAL) fixe le loyer en tenant compte de critères précis, comme les taxes municipales et scolaires, les assurances, les frais d’entretien et d’énergie ou encore les travaux majeurs réalisés dans l’immeuble.

L’avis d’augmentation doit-il être envoyé longtemps à l’avance ?+

Oui. La loi prévoit des délais d’avis qui varient selon la durée du bail. Le locateur doit envoyer son avis suffisamment tôt avant la fin du bail, et le locataire dispose ensuite d’un délai pour y répondre. Les délais exacts figurent sur le site du Tribunal administratif du logement.

Tous les logements peuvent-ils faire l’objet d’une fixation par le TAL ?+

Non. Certains logements sont soustraits au mécanisme de fixation, notamment plusieurs immeubles neufs pendant une période suivant leur construction. Pour ces logements, une clause particulière doit figurer au bail. Il faut vérifier sa situation auprès du Tribunal administratif du logement.

Sources

  1. Code civil du Québec – dispositions sur le louage résidentiel, la modification du bail et le maintien dans les lieux.
  2. Tribunal administratif du logement – fixation de loyer et avis de modification (tal.gouv.qc.ca).
  3. Règlement sur les critères de fixation de loyer – gouvernement du Québec.
  4. Tribunal administratif du logement – délais et formulaires applicables.

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 7 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Aucun chiffre ni pourcentage n’y figure, car les paramètres varient. Pour votre situation, consultez le Tribunal administratif du logement ou un avocat.

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