Logement et habitation

Le bail et la séparation

Une rupture soulève vite une question concrète : qui garde le logement, et qui reste tenu de payer le loyer ? Quand deux conjoints sont inscrits au bail, on ne peut pas simplement s’en aller pour se libérer de ses obligations. Cession, sous-location, résiliation, entente avec le locateur : voici les options et les règles à connaître, y compris la protection prévue en cas de violence conjugale.

À jour le 7 juillet 2026Lecture : 8 minRévisé par notre comité juridique

Au moment d’une séparation, le sort du logement loué est souvent la première urgence. Contrairement à une croyance répandue, quitter les lieux ne suffit pas à mettre fin à ses obligations : le bail est un contrat qui continue de lier ses signataires. Pour connaître vos droits et les procédures officielles, le Tribunal administratif du logement est la référence au Québec. Cette fiche explique ce qui se passe quand deux conjoints sont au bail, la responsabilité solidaire du loyer, les différentes façons de se libérer du bail et le régime particulier applicable en situation de violence conjugale.

Deux noms sur le bail : ce que cela implique

Lorsque les deux conjoints ont signé le bail, ils sont tous deux locataires à part entière. Cela veut dire que chacun a le droit d’habiter le logement, mais aussi que chacun est tenu des obligations qui découlent du bail, à commencer par le paiement du loyer. Le fait de se séparer ne change rien, en soi, à ce contrat : le bail demeure valide jusqu’à ce qu’il soit modifié, cédé, sous-loué ou résilié selon les règles.

Concrètement, tant que votre nom figure au bail, vous restez engagé envers le locateur, même si vous n’habitez plus les lieux. C’est la principale source de mauvaises surprises : on croit se libérer en partant, alors qu’on demeure responsable. La première étape est donc toujours de vérifier qui est inscrit au bail et d’agir en conséquence.

Bon à savoir

Partir du logement ne vous retire pas du bail. Pour ne plus être tenu, il faut une démarche officielle : cession, résiliation ou entente écrite avec le locateur. À défaut, votre responsabilité continue.

La responsabilité solidaire du loyer

Lorsque plusieurs personnes signent un même bail, elles sont en général tenues solidairement du loyer. La solidarité a une conséquence importante : le locateur peut réclamer la totalité du loyer à l’un ou l’autre des signataires, et pas seulement une moitié. Si votre ex-conjoint cesse de payer sa part, le locateur peut donc se tourner vers vous pour le plein montant.

Cette règle explique pourquoi il est risqué de laisser traîner la situation après une rupture. Tant que la solidarité subsiste, un conjoint peut se retrouver à payer pour l’autre. La personne qui a payé plus que sa part peut ensuite tenter de se faire rembourser par l’autre, mais c’est une démarche distincte, parfois difficile. Mieux vaut régulariser le bail rapidement.

À retenir

La solidarité ne disparaît pas parce que vous avez déménagé. Elle prend fin lorsque le bail est officiellement modifié, cédé ou résilié, ou selon ce que prévoit une entente acceptée par le locateur.

Céder le bail

La cession de bail consiste à transférer le bail à une autre personne, qui prend la place du locataire d’origine. Dans le contexte d’une séparation, un conjoint peut par exemple céder sa part du bail à l’autre, qui devient alors le seul locataire. En principe, la cession libère le locataire d’origine de ses obligations pour l’avenir.

Pour céder un bail, il faut aviser le locateur et lui indiquer le nom et les coordonnées de la personne à qui l’on veut céder. Le locateur dispose d’un délai pour répondre et ne peut refuser sans motif sérieux. Il peut toutefois exiger le remboursement de dépenses raisonnables liées à la cession. C’est souvent l’option la plus nette pour se retirer d’un bail à la suite d’une rupture.

La sous-location

La sous-location est différente : le locataire d’origine confie le logement à un sous-locataire, mais son nom reste au bail. Il demeure donc responsable envers le locateur si le sous-locataire ne paie pas ou cause des dommages. Comme pour la cession, il faut aviser le locateur, qui ne peut refuser sans motif sérieux.

Dans un contexte de séparation, la sous-location est généralement moins avantageuse que la cession, car elle ne libère pas de la responsabilité. Elle peut convenir à une situation temporaire, mais si l’objectif est de couper les liens avec le logement, la cession ou la résiliation est habituellement préférable.

OptionEffet sur la responsabilitéAccord du locateur
Cession du bailLibère en principe le locataire d’origine pour l’avenirAvis requis ; refus seulement pour motif sérieux
Sous-locationLe locataire d’origine reste responsableAvis requis ; refus seulement pour motif sérieux
Résiliation / ententeMet fin au bail selon les conditions convenuesEntente nécessaire, sauf cas prévus par la loi
Résiliation spéciale (violence)Met fin au bail selon la procédure légaleEncadrée par la loi ; documents à fournir

Résilier le bail ou s’entendre avec le locateur

En dehors de cas précis prévus par la loi, on ne peut pas résilier unilatéralement un bail avant son terme simplement parce qu’on se sépare. La voie la plus sûre est souvent l’entente avec le locateur : les parties conviennent, par écrit, des conditions auxquelles le bail prend fin ou est modifié (par exemple pour retirer un nom). Une entente claire, datée et signée évite bien des litiges par la suite.

Certaines situations particulières ouvrent un droit légal de résilier le bail, notamment l’attribution d’un logement à loyer modique, l’admission d’un aîné dans certaines ressources d’hébergement, ou encore la violence conjugale ou sexuelle abordée plus bas. Hors de ces cas, mieux vaut négocier et tout consigner par écrit. Pour l’ensemble de vos droits comme locataire, consultez la fiche Droits et obligations du locataire.

Un seul conjoint au bail

Si un seul des conjoints a signé le bail, c’est lui qui est le locataire aux yeux du locateur. L’autre conjoint n’acquiert pas automatiquement de droit sur le logement du seul fait d’y avoir vécu. En cas de rupture, la personne dont le nom ne figure pas au bail peut donc se retrouver sans titre pour rester.

Des règles particulières existent toutefois pour protéger la résidence familiale des couples mariés ou unis civilement, y compris lorsque celle-ci est louée. Ces protections ne s’appliquent pas de la même façon aux conjoints de fait. Le sort du logement s’inscrit alors dans l’ensemble des questions financières de la rupture, que nous abordons dans les fiches La maison après la séparation et La rupture des conjoints de fait.

Violence conjugale : la résiliation spéciale du bail

La loi prévoit une protection importante : un locataire peut, dans certaines situations, résilier son bail lorsque sa sécurité, ou celle d’un enfant qui habite avec lui, est menacée en raison de violence conjugale ou d’une agression à caractère sexuel. Ce mécanisme vise à permettre à une personne de quitter rapidement un logement devenu dangereux, sans rester prisonnière des obligations du bail.

Cette résiliation obéit à des conditions et à une procédure précises. Le locataire doit remettre au locateur un avis accompagné d’un document exigé par la loi, attestant de la situation. Le bail prend alors fin dans le délai prévu par la loi. Les détails de la démarche, les documents à fournir et les délais sont expliqués par le Tribunal administratif du logement.

Si vous vivez une telle situation, la sécurité passe avant tout : des ressources d’aide et d’hébergement d’urgence existent. Notre fiche Violence conjugale et séparation et notre thème Logement et habitation regroupent des informations et des pistes utiles.

Sécurité d’abord

En cas de danger immédiat, contactez les services d’urgence. La résiliation du bail est un outil parmi d’autres : elle s’ajoute aux mesures de protection et aux ressources d’aide spécialisées.

Questions fréquentes

Si nous sommes deux au bail et que je pars, dois-je encore payer le loyer ?+

Oui. Tant que vous êtes inscrit au bail, vous restez tenu du loyer, même si vous avez quitté le logement. Les signataires sont généralement responsables solidairement : le locateur peut réclamer la totalité du loyer à l’un d’eux. Il faut modifier officiellement le bail pour se libérer.

Quelle est la différence entre céder le bail et le sous-louer ?+

La cession transfère le bail à une autre personne et libère en principe le locataire d’origine pour l’avenir. La sous-location laisse le bail au nom du locataire d’origine, qui demeure responsable envers le locateur. Dans les deux cas, il faut aviser le locateur, qui ne peut refuser sans motif sérieux.

Un conjoint peut-il faire retirer l’autre du bail ?+

On ne peut pas simplement rayer un nom du bail sans accord. Il faut une entente entre les conjoints et le locateur, par exemple une cession de la part de l’un à l’autre, ou une modification du bail acceptée par le locateur. À défaut d’entente, chacun demeure lié par le bail signé.

Peut-on résilier un bail à cause d’une violence conjugale ?+

La loi prévoit un droit de résilier le bail dans certaines situations, notamment lorsque la sécurité d’un locataire ou d’un enfant est menacée en raison de violence conjugale ou sexuelle. Des conditions et une procédure précises s’appliquent, avec des documents à fournir. Le Tribunal administratif du logement renseigne sur la marche à suivre.

Le locateur peut-il refuser une cession de bail ou une sous-location ?+

Le locateur ne peut pas refuser sans motif sérieux. Il dispose d’un délai pour répondre après avoir reçu l’avis. Il peut toutefois exiger le remboursement de dépenses raisonnables liées à la cession. En cas de refus jugé abusif, le locataire peut s’adresser au Tribunal administratif du logement.

Que faire si un seul conjoint est au bail lors de la séparation ?+

Le conjoint dont le nom figure au bail en est le locataire. L’autre n’a pas automatiquement de droit sur le logement du seul fait de la vie commune. Des règles particulières peuvent toutefois protéger la résidence familiale des couples mariés ou unis civilement. Une entente ou un avis juridique est souvent utile.

Sources

  1. Tribunal administratif du logement – baux, cession, sous-location et résiliation (tal.gouv.qc.ca).
  2. Code civil du Québec – règles sur le louage de logement et la solidarité.
  3. Résiliation du bail en cas de violence conjugale ou sexuelle – régime prévu par la loi.

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 7 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : pour des conseils adaptés, consultez un avocat ou le Tribunal administratif du logement.

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