Logement et habitation

Résilier ou ne pas renouveler son bail

Au Québec, un bail de logement est un engagement ferme : on ne peut pas y mettre fin avant terme simplement parce qu’on déménage. Le bail se reconduit aussi de lui-même à l’échéance, sauf avis contraire. Voici comment fonctionne le non-renouvellement, quels sont les rares cas de résiliation avant la fin, et comment la cession de bail ou la sous-location peuvent vous aider à quitter un logement.

À jour le 7 juillet 2026Lecture : 8 minRévisé par notre comité juridique

Beaucoup de locataires croient qu’ils peuvent quitter leur logement à tout moment en donnant un préavis, comme un employé qui démissionne. C’est faux. En droit québécois, le bail de logement lie le locataire pour toute la durée convenue, et il ne se termine pas automatiquement du seul fait qu’on souhaite partir. Pour bien comprendre vos droits et vos obligations, le Tribunal administratif du logement (TAL) demeure la référence officielle. Cette fiche explique la règle de la reconduction, la façon de ne pas renouveler un bail, les cas particuliers qui permettent de résilier avant la fin, ainsi que les solutions de rechange que sont la cession et la sous-location.

Le principe : le bail se reconduit tout seul

La première chose à retenir est que le bail de logement à durée fixe (par exemple un bail de douze mois) ne s’éteint pas à son échéance : il se reconduit automatiquement aux mêmes conditions, pour une durée équivalente. Autrement dit, si personne n’intervient, le locataire reste en place et le bail continue. C’est une protection importante pour le locataire, qui n’a pas à craindre de se retrouver sans logement à chaque fin de bail.

Cette reconduction a une conséquence directe : on ne peut pas mettre fin au bail avant son terme sans motif prévu par la loi. Un nouvel emploi dans une autre ville, l’achat d’une maison, une séparation ou une simple envie de changement ne suffisent pas, à eux seuls, à résilier le bail. Le locataire reste tenu de payer le loyer jusqu’à la fin de la durée convenue, sauf s’il utilise l’un des mécanismes décrits plus loin.

Bon à savoir

La reconduction s’applique aux baux à durée fixe. Un bail à durée indéterminée obéit à des règles particulières de préavis. En cas de doute sur la nature de votre bail, vérifiez le formulaire de bail obligatoire du TAL ou demandez conseil.

Ne pas renouveler : l’avis de non-renouvellement

Pour éviter que le bail ne se reconduise, le locataire doit envoyer au propriétaire un avis de non-renouvellement (aussi appelé avis de non-reconduction). Cet avis indique simplement que le locataire ne souhaite pas rester au-delà de la fin du bail. Il doit être écrit et transmis dans le délai fixé par la loi.

Pour un bail de douze mois ou plus, cet avis se donne généralement entre trois et six mois avant la fin du bail. Les baux plus courts ou à durée indéterminée obéissent à d’autres délais. Passé ce délai, si aucun avis n’a été envoyé, le bail se reconduit et le locataire est de nouveau engagé pour toute la période suivante.

L’avis de modification du propriétaire

La reconduction ne fige pas les conditions pour toujours. Le propriétaire peut proposer des changements au moment du renouvellement, le plus souvent une augmentation de loyer, au moyen d’un avis de modification des conditions du bail. Le locataire qui reçoit cet avis a plusieurs options :

  • accepter la modification, expressément ou en ne réagissant pas dans le délai ;
  • refuser la modification tout en restant dans le logement : le propriétaire peut alors s’adresser au TAL pour faire fixer les conditions ;
  • refuser et quitter le logement à la fin du bail, en envoyant un avis de non-renouvellement.

Le locataire dispose habituellement d’un mois pour répondre à un avis de modification. Le mécanisme des hausses de loyer et les recours possibles sont détaillés dans la fiche Bail et augmentation de loyer. Pour l’ensemble des droits et devoirs du locataire, voyez aussi Droits et obligations du locataire.

À retenir

Refuser une hausse de loyer ne veut pas dire perdre son logement. Un locataire peut refuser la modification et rester en place : c’est alors au propriétaire de faire trancher la question par le TAL.

Résilier avant la fin : la règle générale

En dehors des cas particuliers prévus par la loi, la résiliation d’un bail avant son terme suppose une entente avec le propriétaire ou une décision du tribunal. Un locataire ne peut pas, de sa seule volonté, mettre fin à un bail en cours. S’il quitte le logement sans droit, il demeure responsable du loyer jusqu’à la fin du bail, sous réserve de l’obligation du propriétaire de limiter ses pertes.

Il existe cependant des situations précises où la loi autorise le locataire à résilier son bail avant terme, indépendamment de l’accord du propriétaire. Ces cas répondent à des besoins jugés impérieux : hébergement adapté, sécurité de la personne, perte d’autonomie. Ils sont présentés dans la section suivante.

Les cas particuliers de résiliation

Le Code civil du Québec prévoit plusieurs situations où un locataire peut résilier son bail de logement avant la fin, sur avis écrit au propriétaire. Voici les principaux :

  • Admission dans un logement à loyer modique (HLM) : le locataire à qui l’on attribue une place dans un logement à loyer modique peut résilier son bail actuel.
  • Personne âgée admise en hébergement : une personne âgée admise de façon permanente dans un centre d’hébergement (CHSLD) ou dans une résidence où elle peut recevoir les soins que son état de santé requiert peut mettre fin à son bail.
  • Handicap et logement inadapté : le locataire qui ne peut plus occuper son logement en raison d’un handicap peut le résilier.
  • Violence conjugale ou agression sexuelle : un locataire dont la sécurité, ou celle d’un enfant qui habite avec lui, est menacée en raison de violence conjugale ou d’une agression à caractère sexuel peut résilier son bail. Cette mesure, introduite en 2021, exige un avis accompagné d’une attestation délivrée par une personne désignée par la loi (par exemple certains fonctionnaires ou intervenants).

Dans ces situations, la résiliation ne prend pas effet du jour au lendemain : elle produit ses effets à l’expiration du délai prévu par la loi, qui varie selon la durée du bail. L’avis doit respecter la forme exigée, et une attestation ou une preuve peut être requise. Le TAL peut trancher tout désaccord.

SituationFin du bail possible avant terme ?Formalité principale
Déménagement, nouvel emploi, achat d’une maisonNon (sauf entente)Cession ou sous-location conseillée
Admission en logement à loyer modique (HLM)OuiAvis écrit au propriétaire
Personne âgée admise en CHSLD ou en résidence avec soinsOuiAvis écrit, attestation selon le cas
Handicap rendant le logement inutilisableOuiAvis écrit au propriétaire
Violence conjugale ou agression sexuelleOuiAvis écrit + attestation prévue par la loi

La cession de bail et la sous-location

Quand aucun cas particulier ne s’applique, la cession de bail et la sous-location sont souvent les meilleures façons de quitter un logement avant la fin du bail. Ce sont deux mécanismes distincts :

  • La cession de bail transfère le bail à une autre personne, qui prend la place du locataire pour le reste de la durée. Une fois la cession faite correctement, le locataire initial est en principe libéré de ses obligations.
  • La sous-location permet à un tiers d’occuper le logement pendant une période, mais le locataire principal reste responsable du bail envers le propriétaire.

Dans les deux cas, le locataire doit aviser le propriétaire de son intention, en indiquant le nom et l’adresse de la personne pressentie. Le propriétaire ne peut pas refuser sans motif sérieux ; s’il refuse, il doit indiquer ses raisons dans le délai prévu. Un refus sans motif équivaut souvent à une acceptation.

Bon à savoir

La cession de bail est généralement plus avantageuse que la sous-location pour qui veut partir définitivement, car elle vise à libérer le locataire de ses obligations. La sous-location convient mieux à une absence temporaire.

Le rôle du Tribunal administratif du logement

Le Tribunal administratif du logement (TAL) est l’organisme spécialisé qui tranche les litiges entre locataires et propriétaires au Québec. Il intervient notamment lorsqu’un propriétaire conteste un avis de non-renouvellement, lorsqu’un locataire refuse une modification, lorsqu’un désaccord survient sur une cession ou une sous-location, ou lorsqu’une résiliation est contestée.

Avant de saisir le TAL, il est souvent utile de conserver une trace écrite de tous les avis et échanges, et de vérifier les délais applicables. Le fait de connaître ses droits ne remplace pas un avis juridique : chaque bail et chaque situation présentent des particularités. Si votre situation concerne une séparation, voyez la fiche Bail et séparation ; si le propriétaire veut récupérer le logement, consultez La reprise de logement. Pour une vue d’ensemble du droit du logement, explorez le thème Logement et habitation.

Questions fréquentes

Peut-on résilier son bail avant la fin au Québec ?+

En principe, non. Le bail de logement est un engagement ferme pour toute sa durée. On ne peut pas y mettre fin avant terme simplement parce qu’on déménage, qu’on achète une maison ou qu’on change d’emploi. La loi prévoit toutefois quelques cas précis de résiliation avant la fin, et la cession de bail ou la sous-location permettent souvent de quitter un logement autrement.

Comment ne pas renouveler son bail à la fin ?+

Le bail à durée fixe se reconduit automatiquement aux mêmes conditions, sauf si le locataire envoie au propriétaire un avis de non-renouvellement dans le délai prévu par la loi. Pour un bail de douze mois ou plus, cet avis se donne généralement entre trois et six mois avant la fin du bail.

Une victime de violence conjugale peut-elle résilier son bail ?+

Oui. Depuis 2021, un locataire dont la sécurité ou celle d’un enfant qui habite avec lui est menacée en raison de violence conjugale ou d’une agression à caractère sexuel peut résilier son bail. Il doit envoyer un avis accompagné d’une attestation délivrée par une personne désignée par la loi. La résiliation prend effet dans le délai prévu par la loi.

Qu’est-ce que la cession de bail et la sous-location ?+

La cession de bail transfère le bail à une autre personne, qui prend votre place pour le reste de la durée. La sous-location permet à un tiers d’occuper le logement pendant que vous restez responsable du bail. Dans les deux cas, il faut aviser le propriétaire, qui ne peut refuser sans motif sérieux.

Une personne âgée admise en CHSLD peut-elle mettre fin à son bail ?+

Oui. La loi permet à une personne âgée admise de façon permanente dans un centre d’hébergement (CHSLD) ou dans une résidence où elle peut recevoir les soins que son état requiert de résilier son bail. Un avis et, selon le cas, une attestation sont nécessaires.

À qui s’adresser en cas de litige sur la fin du bail ?+

Le Tribunal administratif du logement (TAL) est l’organisme spécialisé qui tranche les litiges entre locataires et propriétaires au Québec, y compris les questions de reconduction, de résiliation, de modification et de cession de bail.

Sources

  1. Code civil du Québec (dispositions sur le louage de logement, la reconduction, la résiliation et la cession de bail).
  2. Tribunal administratif du logement (TAL) – tal.gouv.qc.ca.
  3. Résiliation spéciale pour cause de violence conjugale ou d’agression sexuelle, en vigueur depuis 2021.
  4. Logement et habitation – gouvernement du Québec (quebec.ca).

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 7 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : pour des conseils adaptés, consultez un avocat ou communiquez avec le Tribunal administratif du logement.

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