Testaments et successions

Régler une succession au Québec : le rôle du liquidateur

Au décès d’un proche, quelqu’un doit s’occuper de tout : retrouver le testament, faire le point sur les biens et les dettes, payer ce qui est dû, puis remettre le reste aux héritiers. Au Québec, cette personne s’appelle le liquidateur. Cette fiche explique son rôle et les grandes étapes du règlement d’une succession.

À jour le 15 juin 2026Lecture : 11 minRévisé par notre comité juridique

Régler une succession, c’est administrer le patrimoine d’une personne décédée jusqu’à la remise des biens aux héritiers. La démarche peut sembler intimidante, surtout dans une période de deuil, mais elle suit une logique et un ordre précis prévus par le Code civil du Québec. Comprendre chaque étape aide à éviter les erreurs et à protéger les héritiers. Pour un aperçu officiel du processus, vous pouvez consulter le site du ministère de la Justice du Québec, qui présente les grandes lignes du règlement d’une succession.

Le liquidateur : qui administre la succession ?

Le liquidateur (anciennement appelé « exécuteur testamentaire ») est la personne chargée d’administrer et de régler la succession. C’est lui qui exécute les volontés du défunt et qui accomplit les démarches jusqu’à la remise finale des biens. Il est le plus souvent désigné dans le testament. À défaut de désignation, ou en l’absence de testament, ce sont les héritiers qui choisissent le liquidateur ; s’ils ne s’entendent pas, la loi prévoit qu’ils sont tous liquidateurs, ou qu’un tribunal peut trancher.

Le rôle est généralement gratuit lorsqu’il est confié à un héritier, sauf disposition contraire du testament. La personne désignée peut aussi refuser la charge : nul n’est obligé d’accepter d’être liquidateur. Une fois en poste, le liquidateur doit agir avec prudence et diligence, dans l’intérêt de la succession et des héritiers, et rendre compte de son administration.

Bon à savoir

Le liquidateur n’agit pas pour son propre compte : il administre le bien d’autrui. Il doit tenir des registres clairs, conserver les pièces justificatives et éviter tout conflit d’intérêts. Une bonne organisation dès le départ facilite la reddition de comptes à la fin.

Rechercher le testament et les preuves de décès

La première chose à faire est de vérifier s’il existe un testament, et lequel est le plus récent. Même si un document a été trouvé à la maison, il faut confirmer qu’il n’a pas été remplacé par un testament plus récent, notamment notarié. On procède à une recherche testamentaire auprès des deux registres officiels :

  • le registre des dispositions testamentaires et des mandats de la Chambre des notaires du Québec ;
  • le registre du Barreau du Québec.

Ces recherches indiquent s’il existe un testament inscrit et, le cas échéant, chez quel professionnel il se trouve. Il faut aussi obtenir les preuves de décès, c’est-à-dire les documents officiels de l’état civil (comme le certificat ou la copie d’acte de décès). Ces documents sont exigés par la plupart des institutions (banques, assureurs, régimes de retraite) pour dialoguer avec le liquidateur.

Si le testament est notarié, il n’a pas à être vérifié. S’il s’agit d’un testament olographe ou devant témoins, il devra d’abord être vérifié par un tribunal ou un notaire avant que le liquidateur puisse agir pleinement. Pour comprendre la distinction, consultez notre fiche sur le testament.

Faire l’inventaire des biens et des dettes

Le liquidateur doit dresser un inventaire des biens et des dettes de la succession. Cet inventaire dresse le portrait complet du patrimoine à une date donnée : comptes bancaires, placements, immeubles, véhicules, objets de valeur, d’un côté ; hypothèques, prêts, cartes de crédit, impôts et autres dettes, de l’autre. Un avis de clôture d’inventaire est ensuite publié afin d’informer les personnes concernées.

L’inventaire n’est pas une simple formalité : il protège les héritiers. En connaissant la valeur réelle de la succession, ils peuvent décider en toute connaissance de cause s’ils l’acceptent ou s’ils y renoncent. Il limite aussi, en principe, la responsabilité des héritiers aux biens de la succession, sans les exposer sur leur propre patrimoine.

À retenir

Faire l’inventaire est fortement recommandé. Y renoncer peut, dans certains cas, exposer les héritiers à devoir payer les dettes au-delà de la valeur des biens reçus. En cas de doute sur l’ampleur des dettes, l’inventaire est une protection essentielle.

Publier un avis, payer les dettes et les impôts

Une fois l’inventaire fait et publié, le liquidateur voit au paiement des dettes de la succession et des impôts. Cela inclut notamment les dernières déclarations de revenus du défunt et, s’il y a lieu, la déclaration de la succession. Le liquidateur doit obtenir des autorités fiscales les certificats confirmant que les impôts ont été acquittés avant de distribuer les biens.

Le paiement des dettes suit un ordre prévu par la loi. Il est prudent de ne pas remettre les biens aux héritiers avant d’avoir réglé les dettes et obtenu les certificats fiscaux : distribuer trop tôt peut engager la responsabilité du liquidateur. Certaines démarches comportent des délais qui varient selon la nature des biens et la complexité du dossier ; on évite ici d’indiquer des durées précises, car chaque succession est différente.

Remettre les biens aux héritiers et rendre compte

Lorsque les dettes et les impôts sont réglés, le liquidateur procède à la remise des biens aux héritiers, selon les volontés exprimées dans le testament ou, à défaut, selon les règles de la dévolution légale. Avant la remise finale, il présente un compte définitif de son administration : entrées, sorties, dettes payées et solde à répartir.

La reddition de comptes permet aux héritiers de vérifier que tout a été fait correctement. Une fois les biens remis et le compte accepté, la charge du liquidateur prend fin. En l’absence de testament, la répartition suit les règles décrites dans notre fiche Succession sans testament.

ÉtapeEn quoi elle consistePourquoi c’est important
1. Rechercher le testamentRecherches aux registres de la Chambre des notaires et du BarreauConfirmer le testament le plus récent et son emplacement
2. Preuves de décèsObtenir les documents officiels d’état civilExigées par les institutions pour agir
3. InventaireDresser la liste des biens et des dettes, puis publier l’avisProtéger les héritiers et connaître la valeur réelle
4. Avis et paiementsPublier un avis, payer les dettes et les impôtsRégler les créanciers dans l’ordre prévu par la loi
5. Certificats fiscauxObtenir les certificats des autorités fiscalesDistribuer les biens en toute sécurité
6. Remise et redditionRemettre les biens et présenter le compte définitifClore la succession et mettre fin à la charge

Accepter ou renoncer à la succession

Un héritier n’est pas obligé d’accepter une succession. Le Code civil du Québec lui permet d’accepter ou de renoncer. La renonciation est particulièrement utile lorsque la succession est déficitaire, c’est-à-dire lorsque les dettes dépassent la valeur des biens. En renonçant selon les formes prévues par la loi, l’héritier évite d’hériter d’une situation défavorable.

L’acceptation peut être expresse (par une déclaration) ou résulter de certains gestes posés à titre d’héritier. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’inventaire est important : il faut éviter de poser des gestes qui pourraient être interprétés comme une acceptation avant d’avoir bien évalué la succession. La décision doit être prise dans le délai applicable ; en cas de doute, il est prudent de consulter un notaire ou un avocat.

AspectAccepter la successionRenoncer à la succession
EffetOn devient héritier et on reçoit sa partOn est considéré n’avoir jamais été héritier
DettesTenu des dettes (en principe jusqu’à la valeur reçue si inventaire fait)Non tenu des dettes de la succession
Quand y penserSuccession clairement bénéficiaireSuccession déficitaire ou risquée
FormeExpresse ou résultant de gestes d’héritierSelon les formes prévues par le Code civil
ConseilFaire l’inventaire avant de s’engagerAgir dans le délai applicable

Documents et préparation utiles

Pour faciliter le travail du liquidateur, il est utile de rassembler tôt les documents clés : preuves de décès, testament (ou résultats des recherches testamentaires), relevés bancaires et de placements, titres de propriété, contrats d’assurance vie, déclarations de revenus récentes et liste des dettes. Une planification faite du vivant de la personne – par exemple un mandat de protection et un testament clair – simplifie grandement les démarches au décès.

Le liquidateur peut aussi s’entourer de professionnels : notaire, comptable ou avocat, dont les honoraires sont généralement payés par la succession. Pour un survol plus large de la planification successorale, consultez notre thème Testaments et successions.

Questions fréquentes

Qui règle une succession au Québec ?+

C’est le liquidateur (anciennement l’exécuteur testamentaire), habituellement désigné dans le testament. À défaut, les héritiers le choisissent ; s’ils ne s’entendent pas, ils sont tous liquidateurs ou un tribunal peut intervenir.

Quelles sont les grandes étapes ?+

Rechercher le testament, obtenir les preuves de décès, faire l’inventaire des biens et des dettes, publier un avis, payer les dettes et les impôts, obtenir les certificats fiscaux, puis remettre les biens aux héritiers et rendre compte.

Comment retrouver le testament du défunt ?+

On demande une recherche testamentaire aux deux registres : celui de la Chambre des notaires du Québec et celui du Barreau du Québec. Ils indiquent s’il existe un testament et où il se trouve.

Un héritier peut-il refuser une succession ?+

Oui. Il peut accepter ou renoncer, notamment si la succession est déficitaire. La renonciation se fait selon les formes prévues par le Code civil du Québec, dans le délai applicable.

Le liquidateur est-il responsable des dettes du défunt ?+

Il paie les dettes avec les biens de la succession, non avec les siens. En faisant l’inventaire et en respectant l’ordre de paiement, les héritiers ne sont en principe tenus que jusqu’à concurrence de ce qu’ils reçoivent.

Faut-il un notaire pour régler une succession ?+

Ce n’est pas toujours obligatoire, mais c’est souvent utile, surtout pour un immeuble, une succession complexe ou un testament à vérifier. Le liquidateur peut s’entourer d’un notaire, d’un comptable ou d’un avocat, payés par la succession.

Sources

  1. Code civil du Québec, dispositions sur la liquidation des successions et la charge du liquidateur.
  2. Ministère de la Justice du Québec – le règlement d’une succession.
  3. Chambre des notaires du Québec et Barreau du Québec – registres des dispositions testamentaires et recherches testamentaires.

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 15 juin 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique : pour des conseils adaptés, consultez un notaire ou un avocat.

Besoin d’un avocat pour votre situation ?

Trouvez le bon avocat en droit de la famille au Québec — gratuitement, en toute confidentialité et sans engagement.

Trouver mon avocat