Système de santé et soins

Le consentement aux soins au Québec

Avant tout traitement, examen ou intervention, votre accord est nécessaire. Au Québec, personne ne peut être soigné sans son consentement libre et éclairé, sauf exceptions. Voici comment fonctionne cette règle fondamentale, selon votre âge et votre situation.

À jour le 6 juillet 2026Lecture : 9 minRévisé par notre comité juridique

Le corps de chaque personne lui appartient, et personne ne peut y toucher sans son accord. Ce principe simple est au cœur du droit de la santé québécois : toute personne doit consentir librement aux soins qu’elle reçoit. Le Code civil du Québec l’affirme clairement : nul ne peut être soumis à des soins sans son consentement, sauf dans certaines situations prévues par la loi. Ce respect de l’intégrité et de l’autonomie de la personne guide les gestes des médecins, des infirmières et de tous les professionnels de la santé. Pour un aperçu officiel des services et des droits en santé, consultez le portail Santé du gouvernement du Québec.

Le mot « soins » se comprend largement : il vise les examens, les prélèvements, les traitements, les interventions chirurgicales, mais aussi l’hébergement en établissement et la participation à une recherche. Dans chaque cas, la même question se pose : la personne a-t-elle donné un consentement valable ?

Le principe : un consentement libre et éclairé

Le consentement aux soins repose sur deux exigences indissociables. Il doit être libre et il doit être éclairé.

Un consentement est libre lorsqu’il est donné sans pression, sans menace et sans contrainte. La personne décide par elle-même, en fonction de ses valeurs et de sa situation. Un accord obtenu par la peur ou la manipulation n’est pas un véritable consentement.

Un consentement est éclairé lorsque la personne a reçu l’information nécessaire pour comprendre ce à quoi elle consent. Le professionnel doit lui expliquer, dans un langage accessible, la nature du soin proposé, ses bénéfices attendus, ses risques et les solutions de rechange – y compris celle de ne rien faire. La personne doit pouvoir poser des questions et obtenir des réponses avant de décider.

Le consentement n’est pas figé : il peut être retiré à tout moment. Une personne qui a accepté un traitement peut changer d’avis en cours de route, et le professionnel doit alors s’arrêter, après s’être assuré qu’elle comprend les conséquences.

À retenir

Le consentement peut être verbal pour bien des soins courants. Certains soins – comme une chirurgie ou la participation à une recherche – exigent un consentement écrit. Dans tous les cas, il doit être libre et éclairé.

Les éléments d’un consentement éclairé

Pour qu’un consentement soit véritablement éclairé, l’information transmise doit couvrir plusieurs points. Le tableau suivant résume ce que le professionnel doit normalement expliquer.

ÉlémentCe que la personne doit comprendre
Nature du soinEn quoi consiste le traitement, l’examen ou l’intervention proposé.
Objectif et bénéficesCe que le soin vise à accomplir et les améliorations attendues.
Risques et effetsLes risques importants, les complications possibles et les effets secondaires.
Solutions de rechangeLes autres options de traitement disponibles, avec leurs avantages et inconvénients.
Conséquences d’un refusCe qui pourrait se produire si la personne refuse le soin, y compris l’option de ne rien faire.
Réponses aux questionsLa possibilité de poser des questions et de disposer du temps de réfléchir.

L’étendue de l’information peut varier selon la gravité du soin et ses risques. Un geste courant à faible risque demande une information plus sommaire qu’une chirurgie majeure. L’objectif reste le même : permettre à la personne de décider en connaissance de cause.

Le droit de refuser un soin

Le corollaire du consentement, c’est le droit de dire non. Une personne apte peut refuser un soin, même utile, nécessaire ou vital. Elle peut aussi interrompre un traitement déjà commencé. Ce droit découle directement de l’autonomie de la personne : c’est elle, et non le professionnel, qui décide en dernier ressort de ce qui est fait à son corps.

Le professionnel doit respecter ce refus, après avoir vérifié que la personne comprend bien les conséquences de sa décision. Il ne peut ni la forcer ni contourner sa volonté. Le refus doit toutefois être un choix éclairé : le rôle du soignant est d’informer clairement, sans faire pression.

Bon à savoir

Le droit de refuser un soin appartient à la personne apte. Lorsqu’une personne est inapte, la décision revient à son représentant ou à un proche, toujours dans son intérêt – ce qui ne signifie pas nécessairement suivre le refus qu’elle aurait exprimé lorsqu’elle était vulnérable.

Le consentement des mineurs

Pour les enfants et les adolescents, la loi établit un âge charnière : 14 ans.

À partir de 14 ans, un mineur peut généralement consentir seul à ses soins. Il est considéré comme suffisamment mûr pour prendre ces décisions le concernant. Cette autonomie comporte toutefois des nuances importantes. Ainsi, lorsqu’un soin exige un hébergement de plus de 12 heures dans un établissement en raison de l’état du mineur, ou lorsqu’un soin présente un risque sérieux pour sa santé et peut lui causer des effets graves et permanents, les parents (ou le titulaire de l’autorité parentale) peuvent devoir être avisés.

Pour un enfant de moins de 14 ans, ce sont les parents ou le tuteur qui consentent aux soins en son nom. L’opinion de l’enfant peut être prise en compte selon son âge et sa maturité, mais la décision appartient aux titulaires de l’autorité parentale, qui doivent agir dans l’intérêt de l’enfant.

Le tableau suivant résume qui donne le consentement selon l’âge et l’aptitude de la personne.

SituationQui consent aux soins
Adulte apteLa personne elle-même, librement et de façon éclairée.
Mineur de 14 ans et plusGénéralement le mineur lui-même, avec nuances (hébergement de plus de 12 h si l’état l’exige, ou soin à risque sérieux, pouvant impliquer d’aviser les parents).
Enfant de moins de 14 ansLes parents ou le tuteur, dans l’intérêt de l’enfant.
Adulte inapteUn représentant (mandataire, tuteur) ou, à défaut, un proche, dans l’intérêt de la personne.

Pour approfondir la situation des jeunes et leurs droits, voir notre fiche Les adolescents et le droit.

Le consentement pour une personne inapte

Certaines personnes ne sont pas en mesure de consentir elles-mêmes : à la suite d’un accident, d’une maladie ou du vieillissement, elles peuvent devenir inaptes à comprendre l’information et à prendre une décision de soins. La loi prévoit alors qui décide à leur place.

Le consentement est donné par un représentant lorsque la personne en a un : le mandataire désigné dans un mandat de protection, ou un tuteur nommé par le tribunal. En l’absence de représentant, le consentement peut être donné par un proche : le conjoint (marié, en union civile ou de fait), un proche parent ou une personne qui démontre un intérêt particulier pour la personne.

Quelle que soit la personne qui décide, la règle est la même : le consentement doit être donné dans l’intérêt de la personne inapte et dans le respect, autant que possible, de ses volontés connues. Le représentant ou le proche ne décide pas selon ses propres préférences, mais en fonction du bien-être et des valeurs de la personne concernée.

Certaines décisions particulièrement graves – par exemple un refus de soins nécessaires au maintien de la vie exprimé au nom d’une personne inapte – peuvent nécessiter l’autorisation du tribunal. Pour mieux comprendre l’inaptitude et les outils de protection, voir Santé et autonomie.

Il est important de préciser que l’inaptitude n’est pas une notion « tout ou rien ». Une personne peut être inapte à gérer ses biens tout en demeurant apte à consentir à des soins simples ; elle peut aussi connaître des moments de lucidité alternant avec des périodes de confusion. C’est pourquoi la loi favorise, autant que possible, la participation de la personne aux décisions qui la concernent, même lorsqu’elle bénéficie d’une mesure de protection. Le représentant ne se substitue à elle que dans la mesure nécessaire.

Comment évalue-t-on l’aptitude à consentir ?

Avant de recueillir un consentement, le professionnel doit s’assurer que la personne est apte à décider. L’aptitude à consentir ne dépend pas seulement de l’âge ou d’un diagnostic : elle s’apprécie concrètement, en fonction de la capacité réelle de la personne à comprendre l’information et à en mesurer les conséquences.

De façon générale, on considère qu’une personne est apte à consentir lorsqu’elle peut :

  • comprendre la nature de sa maladie ou de son état ;
  • comprendre la nature et le but du soin proposé ;
  • saisir les risques du soin ainsi que ceux de ne pas le recevoir ;
  • apprécier comment ces éléments s’appliquent à sa propre situation.

Une personne peut donc être apte à consentir même si elle prend une décision que d’autres jugent déraisonnable : l’aptitude porte sur la capacité de comprendre et de décider, non sur le contenu de la décision. À l’inverse, une personne temporairement affaiblie – par la douleur, un médicament ou un choc – peut ne pas être en mesure de consentir valablement à un moment donné. L’évaluation de l’aptitude est donc contextuelle et peut varier dans le temps.

Les exceptions : quand le consentement n’est pas requis

Le principe du consentement connaît des exceptions strictement encadrées. La plus connue est l’urgence.

Lorsque la vie de la personne est en danger ou que son intégrité est menacée, que son consentement ne peut être obtenu en temps utile et qu’il n’y a pas de refus clairement exprimé auparavant, les soins nécessaires peuvent être prodigués sans consentement. L’objectif est de sauver la personne ou d’éviter un préjudice grave lorsqu’il est impossible d’attendre.

D’autres situations exceptionnelles existent, encadrées par la loi, comme certaines mesures ordonnées par un tribunal ou prévues en matière de santé publique. Ces exceptions demeurent limitées : elles ne renversent pas le principe général selon lequel le consentement est la règle.

Urgence vitale

Même en situation d’urgence, si la personne a clairement et validement refusé un soin à l’avance, ce refus doit en principe être respecté. L’exception d’urgence vise surtout les cas où la volonté de la personne est inconnue et où l’on ne peut attendre.

Le consentement en pratique

Dans la vie de tous les jours, le consentement prend des formes variées. Il peut être verbal pour un examen de routine, une prise de sang ou un traitement courant. Il peut être écrit, sur un formulaire, pour une chirurgie, une anesthésie ou la participation à un projet de recherche. Il peut même être implicite dans certains gestes évidents, lorsque la personne se présente volontairement pour recevoir un soin simple.

Ce qui compte n’est pas tant la forme que la substance : la personne a-t-elle reçu l’information, l’a-t-elle comprise, et a-t-elle accepté librement ? Un formulaire signé sans explication ne vaut pas un véritable consentement éclairé. À l’inverse, un consentement verbal donné après une explication complète est parfaitement valable pour bien des soins.

Le consentement n’est pas non plus un événement unique : il s’inscrit dans une relation qui se poursuit dans le temps. Pour un traitement étalé sur plusieurs séances, ou lorsque la situation évolue, le professionnel doit vous tenir informé et vérifier que vous êtes toujours d’accord. Un nouveau risque, une option différente ou un changement de votre état peuvent justifier de reprendre la discussion. En cas de doute, vous pouvez demander du temps, réclamer plus d’information ou solliciter un second avis avant de décider – et vous pouvez toujours changer d’avis.

Enfin, le consentement se reflète dans votre dossier médical, où sont consignés les soins reçus et, souvent, les discussions entourant votre accord. Vous avez le droit d’y accéder.

Des situations particulières

Certains contextes appellent des règles de consentement plus strictes, en raison de leur nature ou de leurs risques.

La participation à une recherche exige un consentement écrit et particulièrement rigoureux. La personne doit être informée des objectifs de la recherche, de son déroulement, des risques et du fait qu’elle peut s’en retirer à tout moment sans que cela nuise à ses soins habituels. Le consentement d’un mineur ou d’une personne inapte à participer à une recherche fait l’objet de protections renforcées.

Les soins non requis par l’état de santé – par exemple certains soins purement esthétiques – ou le don d’organes ou de tissus obéissent également à des exigences accrues, car ils ne visent pas à traiter une maladie. L’information doit alors être d’autant plus complète, et le consentement, d’autant plus libre.

Enfin, en matière de santé mentale, la règle du consentement demeure, mais la loi prévoit des mesures exceptionnelles – comme la garde en établissement d’une personne présentant un danger pour elle-même ou pour autrui – qui sont strictement encadrées par le tribunal. Ces mesures ne suppriment pas les droits de la personne : elles les balisent dans des situations précises.

Questions fréquentes

Peut-on me soigner sans mon consentement ?+

En règle générale, non. Nul ne peut être soumis à des soins sans son consentement libre et éclairé. Il existe toutefois des exceptions, notamment l’urgence lorsque la vie de la personne est en danger et qu’il est impossible d’obtenir son consentement à temps.

Qu’est-ce qu’un consentement éclairé ?+

Un consentement est éclairé lorsque la personne a reçu l’information nécessaire pour décider : la nature du soin proposé, ses bénéfices, ses risques et les solutions de rechange, y compris celle de ne rien faire. Elle doit pouvoir poser des questions et disposer du temps pour réfléchir.

Ai-je le droit de refuser un traitement ?+

Oui. Une personne apte peut refuser un soin, même nécessaire ou vital, et retirer son consentement à tout moment. Le professionnel doit respecter ce refus après s’être assuré que la personne comprend les conséquences de sa décision.

À quel âge un mineur peut-il consentir seul à ses soins ?+

À partir de 14 ans, un mineur peut généralement consentir seul à ses soins. Certaines nuances s’appliquent : par exemple, un hébergement de plus de 12 heures dans un établissement, si l’état du mineur l’exige, ou un soin comportant un risque sérieux peut impliquer d’aviser les parents. Pour un enfant de moins de 14 ans, ce sont les parents ou le tuteur qui consentent.

Qui consent pour une personne inapte ?+

Pour une personne devenue inapte à consentir, le consentement est donné par un représentant (mandataire nommé dans un mandat de protection, tuteur) ou, à défaut, par un proche comme le conjoint ou un membre de la famille. La décision doit toujours être prise dans l’intérêt de la personne et dans le respect de ses volontés connues.

Le consentement doit-il être écrit ?+

Pas toujours. Le consentement peut être verbal pour bien des soins courants. Certains soins, comme une chirurgie ou la participation à une recherche, exigent un consentement écrit. Dans tous les cas, le consentement doit être libre et éclairé, qu’il soit verbal ou écrit.

Sources

  1. Code civil du Québec, dispositions sur le consentement aux soins, l’intégrité de la personne et le consentement du mineur.
  2. Loi sur les services de santé et les services sociaux – droits des usagers.
  3. Portail Santé du gouvernement du Québec (quebec.ca/sante).
  4. Collège des médecins du Québec – consentement aux soins.

Cette fiche fournit de l’information juridique générale à jour au 6 juillet 2026. Elle ne constitue pas un avis juridique ni un avis médical. Chaque situation est unique : pour une question précise, consultez un professionnel de la santé ou un avocat.

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